Bien que les marchés restent volatils, les cours se maintiennent à des niveaux élevés, soutenus par les craintes de perturbations dans l’approvisionnement énergétique mondial.
La remontée des cours du pétrole au-delà du seuil des 100 dollars le baril offre à l’Algérie une bouffée d’oxygène budgétaire, dans un contexte marqué par de fortes pressions sur les finances publiques, a souligné, samedi, l’agence américaine spécialisée Bloomberg.
Alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique mondial, cette flambée des prix « redonne momentanément de la marge de manœuvre aux autorités », dont l’économie « demeure largement tributaire des hydrocarbures », ajoute la même source.
Et d’ajouter : « Depuis plusieurs années, l’Algérie peine à équilibrer ses comptes publics, notamment depuis l’effondrement des prix du pétrole en 2014 (…) La loi de finances continue ainsi de reposer sur une hypothèse prudente, fixant le prix de référence du baril à 70 dollars. Dans ces conditions, toute hausse significative des cours internationaux se traduit mécaniquement par un surcroît de recettes pour le Trésor public. »
Or, début mars, les prix du brut ont franchi la barre des 100 dollars, une première depuis la flambée observée au lendemain de la guerre en Ukraine. Bien que les marchés restent volatils, les cours se maintiennent à des niveaux élevés, soutenus par les craintes de perturbations dans l’approvisionnement énergétique mondial.
Pour les finances publiques algériennes, ce regain des prix constitue un facteur de soulagement, fait savoir Bloomberg. Elle révélé que les dépenses de l’État devraient atteindre près de 7 690 milliards de dinars en 2026, soit environ 58,5 milliards de dollars, en hausse par rapport à l’année précédente.
Afin de financer ces besoins croissants, les autorités algériennes ont déjà amorcé plusieurs initiatives, dont l’émission de sukuk souverains (obligations conformes à la finance islamique) sur le marché domestique et la recherche de financements auprès de partenaires internationaux, notamment la Banque africaine de développement.
Dépendance persistante aux hydrocarbures
Malgré ce contexte favorable, les spécialistes rappellent que cette amélioration reste essentiellement conjoncturelle. « L’économie algérienne demeure fortement dépendante des revenus tirés du pétrole et du gaz, qui représentent l’essentiel des exportations et une part déterminante des recettes budgétaires », expliquent-ils.
Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a déclaré qu’un prix compris entre 70 et 80 dollars constitue un « niveau équilibré ». Selon Mahfoud Kaoubi, analyste économique et financier, « la hausse des prix ne peut être que positive. Nous faisions face à un réel problème de financement ».
Il estime également que l’Algérie pourrait atteindre un véritable équilibre budgétaire si les prix du pétrole se situaient entre 120 et 125 dollars le baril. Avec une production d’environ 977 000 barils de pétrole par jour, d’après Bloomberg, l’Algérie reste sensible aux fluctuations des marchés énergétiques.
Par ailleurs, une part importante du budget de l’État est consacrée aux dépenses sociales. Les salaires de la fonction publique, les retraites, les allocations chômage ainsi que les subventions aux produits de base – céréales, carburant, lait ou encore eau dessalée – absorbent plus de 40 % des dépenses publiques, poursuit la même source. Et d’indiquer : « Ce modèle, qui vise à préserver la stabilité sociale, accentue toutefois la dépendance du pays aux revenus des hydrocarbures. »
Rappelons, qu’après avoir bénéficié d’un rebond des recettes énergétiques en 2022, lorsque l’Europe s’était tournée vers l’Algérie pour compenser la baisse des livraisons de gaz russe, les comptes extérieurs du pays ont connu une amélioration temporaire. Les réserves de change avaient alors amorcé une remontée.
Mais cette embellie n’a pas duré. Selon les données compilées par le Fonds monétaire international, reprises par Bloomberg, les réserves de devises sont retombées à 47,1 milliards de dollars en octobre, contre plus de 66 milliards de dollars au début de l’année 2025. Pour de nombreux analystes, la hausse actuelle des prix du pétrole ne saurait constituer une solution durable.
La dépendance structurelle de l’économie aux hydrocarbures continue de peser sur les perspectives de croissance à long terme. Pour Hamish Kinnear, analyste Moyen-Orient et Afrique du Nord chez Global Risk Insight, l’impact de la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran — qu’il soit de court ou de long terme — ne constitue pas une solution structurelle aux défis économiques de l’Algérie.
Selon lui, le pays doit impérativement diversifier son économie afin de réduire sa dépendance aux hydrocarbures.
Diversification de l’économie
L’Algérie figure, d’ailleurs, parmi les pays les plus exposés à cette dépendance énergétique, occupant la 15ᵉ place sur 193 États dans un indice international mesurant la dépendance aux exportations de combustibles fossiles. Kinnear ajoute que les perspectives à long terme de la production pétrolière et gazière, combinées à la hausse de la consommation intérieure, laissent penser que de nouvelles mesures d’augmentation des recettes publiques seront nécessaires dans les années à venir.
Dans ce contexte, la diversification de l’économie apparaît comme un impératif stratégique. Agriculture, industrie, transition énergétique ou encore économie numérique figurent parmi les secteurs souvent cités comme pistes de développement. Un autre facteur pourrait atténuer les bénéfices de la hausse des prix du pétrole : la progression des coûts d’importation.
L’Algérie importe chaque année près de 50 milliards de dollars de biens, allant des produits alimentaires aux véhicules, en passant par les équipements industriels. Une inflation persistante sur les marchés internationaux pourrait ainsi renchérir la facture des importations et neutraliser une partie des gains liés aux exportations énergétiques. En somme, si la hausse des cours du pétrole offre aujourd’hui un répit aux finances publiques, elle rappelle aussi la fragilité d’un modèle économique toujours étroitement lié aux fluctuations des marchés énergétiques mondiaux.
Par : Akram Ouadah










