Cinquante ans après ses débuts, Marcel Khalifa revient là où tout a commencé. Pour célébrer un demi-siècle de carrière, le chanteur libanais réenregistre « Promesses de la tempête », son premier album, paru en 1976. Un retour aux sources dépouillé, presque intime, qui ne cherche pas à reproduire un moment fondateur de sa carrière. Il en propose une lecture nouvelle, plus lente, plus dépouillée, comme si le temps écoulé avait déplacé le sens de chaque mot.
La nouvelle version conserve quatre des cinq chansons de l’album original : « Rita et le fusil », « Promesses de la tempête », « Ma mère » et « Passeport ». Quatre textes de Mahmoud Darwich que le jeune Marcel Khalifa avait choisi de mettre en musique en 1976. À Paris, où il avait trouvé refuge après avoir quitté le nord du Liban, il enregistrait alors un disque dont il ne pouvait encore mesurer la portée.
Ce qui frappe aujourd’hui, c’est précisément ce qui n’y est pas. Pas de grand déploiement orchestral, pas de recherche d’effet : seulement le oud et la voix. Un choix qui prend une résonance particulière dans le parcours d’un artiste qui, au fil des décennies, a multiplié les interprétations de son répertoire avant d’explorer plus largement les possibilités de l’écriture symphonique. Pour ce retour aux sources, il réduit au contraire la distance entre l’interprète, l’instrument et le poème.
Et le temps s’entend. Le tempo plus retenu donne aux chansons une gravité différente. « Ma mère » ne renvoie plus seulement à celle qui fut, selon le chanteur, la première à croire en son talent ; elle laisse affleurer la double image de la mère et de la terre natale. « Promesses de la tempête », elle aussi, se charge d’une autre épaisseur lorsque les promesses évoquées en 1976 semblent toujours suspendues à un avenir incertain. C’est sans doute ce qui rend cette réédition plus qu’anniversaire.
Ces chansons, devenues depuis des classiques de la chanson engagée, ont traversé cinq décennies sans être figées dans leur époque. Leur retour, dans une forme presque nue, rappelle que leur force ne reposait ni sur l’ampleur des arrangements ni sur l’écho de leur succès, mais sur une rencontre devenue rare : celle d’une voix, d’un oud et de mots capables de traverser le temps.
Par : A.D











