L’intelligence artificielle et sa place dans la création artistique ont été au cœur d’un master class organisé samedi 3 octobre, à partir de 10h, au Théâtre régional Azzedine-Medjoubi d’Annaba, dans le cadre de la 8ᵉ édition du Festival national du théâtre féminin. La rencontre, consacrée notamment aux étapes de création d’un scénario et aux différentes méthodes d’écriture, a rapidement ouvert un débat plus large sur l’utilisation de l’IA dans le processus créatif.
Plusieurs personnalités du monde du 4ème art, parmi lesquelles Lydia Larini, Naïma Mehailia, Wassila Ghennai et Meriem Allag, ont pris part aux échanges, abordant aussi bien l’écriture que l’interprétation et la construction d’un personnage sur scène.
Une question a notamment alimenté les discussions : un scénario élaboré et finalisé en trois mois peut-il présenter la même richesse et la même solidité qu’un travail développé sur une année par exemple ? Derrière cette interrogation se dessine celle du temps nécessaire à la maturation d’une œuvre, alors que les outils numériques permettent aujourd’hui d’accélérer considérablement certaines étapes de création dans ce monde du spectacle vivant.
Un outil, pas un créateur
L’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans les pratiques artistiques a naturellement occupé une place importante dans les échanges. Jusqu’où peut-on lui confier l’écriture d’un scénario sans affaiblir la part proprement humaine de la création ? Et surtout, cette facilité nouvelle ne risque-t-elle pas de réduire le travail de réflexion, de recherche et de construction personnelle qui accompagne traditionnellement l’écriture ?
Pour Wassila Ghennai, l’IA devrait avant tout rester un outil d’accompagnement, capable d’orienter et de faciliter certaines étapes, mais sans se substituer au travail de création. L’essentiel, selon elle, demeure dans la capacité de l’auteur à construire son propre univers et à donner au texte une dimension humaine.
Car au théâtre, un texte ne se limite pas aux mots couchés sur le papier. Il doit être porté par un comédien, prendre vie sur scène et parvenir jusqu’au spectateur. Cette dimension émotionnelle constitue précisément l’un des aspects que l’IA ne peut pas encore reproduire à elle seule.
La grande figure du théâtre Naïma Méhailia a, de son côté, insisté sur la place du travail humain, fondé sur le papier, le stylo et une succession d’idées personnelles qui traduisent l’identité de celui qui écrit. Elle s’est également interrogée sur l’évolution de la création cinématographique dans les prochaines années, alors que l’intelligence artificielle gagne progressivement du terrain.
Pour Meriem Allag, la distinction devrait être claire : l’IA peut être utile dans les aspects techniques, mais la création doit rester entre les mains de l’auteur. Une manière, en somme, de préserver ce qui fait la singularité d’une œuvre : une vision, une sensibilité et une manière personnelle de raconter.
Au fil des échanges, le débat a ainsi dépassé la seule question de la technologie pour revenir à l’essentiel : la place de l’humain dans l’acte créatif. Dans le théâtre comme dans les autres formes artistiques, l’intelligence artificielle peut accompagner le travail, mais c’est encore l’auteur qui donne au texte sa voix et au personnage son émotion.
Par : Sana A.K











