Depuis le début des années 2010, la prégabaline a quitté les prescriptions médicales pour s’inviter sur le marché noir. Médicament conçu pour traiter l’épilepsie, l’anxiété généralisée ou les douleurs neuropathiques, elle est désormais détournée de son usage initial. Rapidement, elle a gagné les surnoms de « taxi » ou « saroukh » pour ses effets planants et bon marché, devenant la « drogue du pauvre » prisée des jeunes.
Une drogue à portée de tous
Au fil des dernières années, son accès facilité et son prix abordable, entre 600 et 800 dinars le comprimé, ont alimenté un trafic en constante expansion. Les consommateurs se procurent la molécule dans la rue ou via des ordonnances détournées, tandis que des réseaux organisés, parfois internationaux, commencent à émerger. Le phénomène touche toutes les tranches d’âge, mais il est particulièrement préoccupant chez les jeunes de 16 à 35 ans.
Les effets sur la santé mentale sont sévères et se manifestent rapidement : dépression, anxiété, phobies sociales, troubles alimentaires. La consommation prolongée peut renforcer des pathologies existantes ou en générer de nouvelles. L’addiction s’installe insidieusement, et le plaisir immédiat du comprimé masque les risques graves et parfois irréversibles.
Les centres de désintoxication, une urgence nationale
Face à cette situation, les centres de désintoxication comme celui de de Bouchaoui, installé sur un terrain de 2 000 m² au cœur de la forêt, offre un accompagnement complet aux jeunes volontaires. Depuis sa création en 2019, plus de 7 757 jeunes y ont été pris en charge. Le programme prévoit quatre étapes : évaluation initiale, identification de la drogue et de la durée de la consommation, entrevue médicale et psychologique, puis début du traitement. Le suivi inclut traitement naturel, accompagnement psychologique, thérapies de groupe et implication des familles, avec des contrôles médicaux réguliers.
Le bilan de ces dernières années est significatif : en 2023, plus de 34 000 personnes ont bénéficié d’une prise en charge en addictologie au niveau national. Ces chiffres révèlent l’ampleur d’un fléau en pleine expansion et soulignent l’urgence d’une vigilance renforcée. Les spécialistes insistent sur l’importance d’étendre ce type de structures à toutes les wilayas. La multiplication des centres permettrait non seulement un accès plus facile aux soins, mais aussi une prévention plus efficace et un suivi régulier des jeunes à risque, limitant ainsi les conséquences sociales et sanitaires de cette dépendance.
La prégabaline illustre la double réalité des médicaments détournés : un produit légal qui peut provoquer dépendance et déstabiliser la jeunesse. La création de centres spécialisés dans toutes les wilayas, associée à des actions de prévention et de suivi familial, apparaît comme la réponse la plus efficace pour limiter les effets de cette drogue qui inonde les rues.
Par : A.D






