Les opérations de séchage et de stockage des figues ont débuté dans plusieurs régions du pays. Cette pratique ancestrale rythme encore la vie rurale.
La figue n’est pas seulement un fruit de saison, elle est le témoin d’un attachement profond à la terre et d’une capacité d’adaptation face aux aléas de la nature. Appelé localement « ihvouvene », le séchage reste un savoir-faire collectif transmis de génération en génération, au cœur d’un mode de vie où la nature et l’agriculture familiale occupent une place centrale.
Les fruits mûrs sont incisés puis disposés sur des supports naturels, qu’il s’agisse de nattes, de morceaux de liège ou d’étoffes, pour sécher à l’air libre. On les retourne régulièrement et on les protège de l’humidité nocturne grâce à des abris improvisés. Cette méthode, profondément ancrée dans la culture kabyle, participe à l’identité des villages, où chaque maison garde un souvenir lié à cette étape saisonnière. Les figues, une fois séchées, deviennent un produit recherché autant pour leur valeur nutritive que pour leur rôle dans la préservation des traditions.
L’Algérie se distingue par la richesse de ses variétés. Parmi elles, la figue sèche de Béni Maouche, qui bénéficie depuis 2016 d’une indication géographique, illustre l’émergence d’une véritable filière de terroir. Chaque localité a ses fruits, chaque famille ses arbres, et chaque consommateur ses habitudes d’achat auprès de vendeurs réputés. Cette reconnaissance contribue à donner une visibilité nationale, voire internationale, à une production longtemps restée discrète, mais aujourd’hui valorisée pour sa qualité.
Une affaire de famille
Le séchage reste avant tout une affaire de communauté, un rituel qui rassemble les habitants des villages et des hameaux. Après consommation des figues fraîches, les familles procèdent selon un rituel précis : récolte, découpe, exposition sur plaques de liège, passage à la vapeur, puis mélange à l’huile d’olive avant stockage dans des sacs en tissu favorisant l’aération. Conservées ainsi, les figues gardent leur qualité près de deux ans, offrant une précieuse réserve alimentaire pour l’hiver. Sur les marchés, une partie de la production se vend entre 1 000 et 1 200 dinars le kilo, attirant des acheteurs venus de plusieurs wilayas.
Si la culture du figuier reste familiale et largement biologique, elle demeure fragile. Les maladies, les variations climatiques et l’absence de techniques modernes réduisent les rendements et entraînent une hausse des prix, de 250 à 600 dinars le kilo selon la variété. Cette tendance s’accentue à l’approche de la fin de saison, début septembre, où l’offre devient plus rare et la demande plus pressante.
Comme l’olivier, le figuier est omniprésent en Algérie. Dans les villages comme dans les campagnes, il trône dans les jardins ou sur des terrains vagues, témoignant d’un héritage séculaire. Consommée fraîche en été ou séchée pour l’hiver avec un filet d’huile d’olive, la figue a longtemps constitué une ressource alimentaire essentielle. Aujourd’hui encore, elle reste un symbole d’identité, de résilience et de fierté pour les habitants de la région, qui continuent à faire vivre ce patrimoine immatériel.
Par : A.D









