L’analyste américain Geoff Porter a estimé, dans une interview accordée au site spécialisé «attaqa», basé à Washington, que le projet de gazoduc transsaharien (TSGP), reliant le Nigeria à l’Algérie, est «plus fiable» et «plus concret» que le «Nigeria–Maroc» dont les autorités marocaines font la promotion.
«À ce stade, le projet de gazoduc transsaharien (projet algérien) apparaît plus viable que le projet de gazoduc atlantique africain (projet marocain)», a affirmé, à ce propos, Geoff Porter qui est Directeur général de la société de conseil en gestion des risques en Afrique du Nord (North africa risk consulting -NARCO).
Et pour cause, a-t-il expliqué, «premièrement, le gazoduc transsaharien se distingue par sa longueur relativement plus courte, sa moindre complexité technique et son appui sur des infrastructures existantes» et «deuxièmement, le gazoduc atlantique africain est coûteux, techniquement complexe, traverse de nombreux cadres juridiques, et sa viabilité reste sujette à caution».
Le poids de la CAN en défaveur du Maroc
En outre, a-t-il encore ajouté, «la récente victoire du Maroc à la Coupe d’Afrique des nations (sur décision du comité d’appel de la CAF, NDLR) a contribué à détériorer ses relations avec le Sénégal, un partenaire clé du projet de gazoduc atlantique africain, rendant ce dernier moins enclin à soutenir les initiatives marocaines à l’heure actuelle».
Une analyse, développée par un spécialiste de la région, qui vient appuyer la position forte d’Alger, qui est déjà bien établie comme fournisseur de gaz pour l’Europe grâce à ses installations existantes, comme les gazoducs Transmed (vers l’Italie) et Medgaz (vers l’Espagne).
D’ailleurs, à ce propos, l’expert a affirmé que «l’Algérie dispose de la plus grande capacité de liquéfaction de gaz, mais elle a privilégié l’acheminement du gaz par pipelines, notamment via les gazoducs Transmed, vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne ; des relations qu’elle considère comme stratégiques».
L’impact de la guerre en Iran
Par ailleurs, en réponse à une question sur les conséquences de la guerre en Iran sur les approvisionnements de gaz dans la région, Geoff Porter a indiqué que «les tensions géopolitiques dans le Golfe, qui ont perturbé les approvisionnements mondiaux en gaz, ont profité aux producteurs de gaz en Afrique du Nord, en particulier à l’Algérie, puis à la Libye».
Mais si la situation est «favorable», il y a, a précisé Geoff Porter, d’énormes défis à relever, pour l’Algérie.
Ainsi, d’après lui, l’Algérie «s’efforce de sécuriser des volumes supplémentaires de gaz, quelle qu’en soit la source, mais les quantités additionnelles qu’elle peut mobiliser à court terme restent très limitées».
Si, momentanément, le pays peut agir notamment pour ce qui est de la «rationalisation» de la consommation énergétique locale, pour dégager un excédent pour l’exportation, la solution, a-t-il indiqué, «consiste à accroître les investissements dans le secteur de l’exploration et de la production».
Rome et Madrid sont pleinement conscientes des capacités limitées d’Alger à accroître ses exportations à court terme, mais elles s’engagent à soutenir le développement du secteur énergétique algérien à l’avenir», a-t-il affirmé.
Au final, l’analyse de Geoff Porter montre que si l’Algérie est confortée dans son rôle de fournisseur stratégique et avantagée dans la course aux grands projets gaziers africains, il y a un besoin urgent de moderniser et d’investir pour que cet avantage momentané devienne une position solide sur le long terme.
Par : Elyas Abdelbaki










