« Écran colonial » de Salim Aggar lève le voile sur un pan méconnu de l’histoire visuelle du colonialisme français en Algérie. Ce long métrage de 70 minutes, produit en 2025, s’appuie sur des archives militaires inédites pour raconter comment le cinéma fut utilisé comme un instrument de domination et de désinformation.
Le projet est né de la découverte de documents conservés dans les fonds du service cinématographique des armées françaises, une institution créée sous le régime colonial et particulièrement active durant la guerre de Libération nationale. Ce service, explique le film, avait pour mission d’inonder les villages algériens de projections destinées à glorifier l’entreprise coloniale et à en masquer la violence.
Salim Aggar a consacré trois années à ce travail d’enquête : une année de recherche dans les archives militaires, suivie de deux années de tournage à travers l’Algérie et la France. À travers des images rares, des rapports administratifs et des témoignages d’experts, le réalisateur reconstitue les mécanismes d’une propagande qui s’immisçait jusque dans la vie quotidienne des Algériens.
Pour appuyer sa démarche, le cinéaste s’est entouré de chercheurs et d’intellectuels. Le Français Denis Sébastien et le Canadien Vincent Bouchard, auteurs d’ouvrages de référence sur la propagande visuelle en Afrique, y décryptent le rôle des films truqués et des publications officielles destinées à présenter une Algérie docile, modernisée par la France, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Le documentaire, en compétition lors la 13e édition du Festival international d’Oran du film arabe, est produit par MS News. Il réunit également les analyses du critique et écrivain de cinéma Ahmed Bedjaoui et du réalisateur Saïd Ould Khalifa, qui replacent ces archives dans une réflexion plus large sur la manipulation des images en contexte colonial. Tous soulignent combien ce cinéma d’État, diffusé massivement dans les zones rurales, visait à contrôler les représentations et à légitimer la présence française.
Au-delà de son intérêt historique, « Écran colonial » questionne la mémoire et le pouvoir des images. Il montre que le cinéma, souvent perçu comme un simple divertissement, fut aussi un champ de bataille idéologique. Par ce travail rigoureux et engagé, Salim Aggar rappelle que les bobines d’hier ne sont pas de simples vestiges : elles continuent de révéler, aujourd’hui encore, la façon dont l’Histoire fut filmée… et falsifiée.
Par : Aly D









