Le barrage de Beni Haroun, véritable poumon hydraulique de l’Est et plus grande infrastructure du genre dans le pays, inquiète de plus en plus les autorités locales. Avec un taux de remplissage frôlant les 99%, l’ouvrage se retrouve sous haute surveillance, et un déversement par le trop-plein semble désormais inévitable.
Face à cette montée spectaculaire des eaux, la wilaya de Jijel a rompu le silence, appelant la population à une vigilance maximale. Le scénario d’un écoulement via le déversoir n’est plus une simple éventualité, mais une certitude à court terme. Dans un communiqué diffusé ce dimanche, la Cellule de communication de la wilaya a rappelé que le niveau des eaux pourrait atteindre le déversoir dans les jours à venir, provoquant mécaniquement une montée du débit de l’oued en aval.
L’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) tente de rassurer, qualifiant cette montée d’eau de phénomène naturel et maîtrisé, mais le risque pour les riverains reste réel. Les lâchers d’eau, bien que régulés, peuvent surprendre ceux qui s’aventurent trop près du lit de l’oued.
L’alerte concerne surtout les communes de Sidi Maârouf, Ouled Rabah, El Milia et El Ancer, où le relief et la proximité du cours d’eau accroissent la vulnérabilité des habitants. Agriculteurs et riverains vivent une inquiétude palpable, tandis que les autorités locales multiplient les mesures de prévention, notamment l’éloignement strict du lit de l’oued et de ses abords immédiats, l’interdiction d’accès aux zones de déversement pour les curieux et la surveillance renforcée des enfants, particulièrement exposés en milieu rural.
Il ne s’agit pas de céder à la panique, mais d’anticiper pour éviter tout drame humain. Sur place, les équipes techniques du barrage, en coordination avec la Protection civile, assurent un suivi permanent, scrutant le moindre centimètre cube supplémentaire.
En attendant que le géant de béton ne libère son surplus, la discipline et la solidarité des citoyens restent la meilleure garantie pour éviter tout incident. Dans cette région où la nature peut se rappeler à ses habitants avec force, la vigilance reste le maître-mot.
Au-delà de Jijel, c’est l’ensemble du réseau hydraulique national qui semble enfin reprendre des couleurs après des années de stress hydrique. Les dernières intempéries ont permis aux barrages algériens de «respirer», certains affichant des niveaux records. À l’extrême ouest de la wilaya de Tipaza, le barrage de Kef Eddir (Damous) a créé l’événement en atteignant son niveau de remplissage maximal pour la première fois depuis sa mise en exploitation en 2023.
Grâce aux apports pluviométriques exceptionnels sur les hauteurs de Damous, l’infrastructure fait désormais le plein avec une capacité théorique de 125 millions de m³.
Un bond spectaculaire quand on sait que les réserves stagnaient à 85 millions de m³ avant cet épisode pluvieux. À l’instar de Beni Haroun, l’ANBT a dû y procéder à des lâchers préventifs pour réguler ce trop-plein de générosité céleste. Une aubaine pour la sécurité alimentaire du pays, à condition que la prudence reste de mise.
Par : Amina A.






