Trois millions de cas de toxicomanie ont été enregistrés cette année en Algérie. Plus de 25 millions de comprimés psychotropes (Prégabaline) ont été saisis l’année dernière. Près de 16 millions de comprimés interceptés en 2025.
Ces chiffres alarmants qui démontrent la progression dangereuse du fléau, menaçant l’ensemble de la société ont été révélés lors d’une rencontre organisée au forum de DK News, médecins, acteurs associatifs et représentants des forces de sécurité ont unanimement exprimé leur inquiétude face à la progression rapide de la consommation de drogue chez les jeunes. Le message central est clair : le pays doit renforcer d’urgence ses dispositifs de prévention et d’accompagnement.
Le constat dressé lors de la rencontre fait état d’une hausse spectaculaire du nombre de consommateurs, un phénomène décrit en détail par Abdelkrim Abidat, consultant en prévention des addictions et président de l’Organisation nationale de sauvegarde de la jeunesse. Selon lui, plusieurs millions de jeunes âgés de 15 à 30 ans seraient aujourd’hui concernés, un indicateur qui révèle à quel point la problématique s’est étendue à toutes les couches sociales.
Des causes multiples et un impact social lourd
Pour les spécialistes, cette dérive est alimentée par un ensemble de fragilités : pression démographique, rôle parental affaibli, logements exigus, rupture scolaire, chômage et manque d’activités culturelles ou sportives. Ce cumul plonge de nombreux jeunes dans un sentiment d’abandon et ouvre la voie aux comportements à risque.
Les conséquences, déjà visibles, se manifestent par une recrudescence des violences, une multiplication des overdoses et une pression accrue sur les établissements pénitentiaires. Malgré les efforts constants engagés contre le trafic, les intervenants rappellent que le pays reste confronté à une économie criminelle mondiale extrêmement lucrative. Le centre thérapeutique de Bouchaoui, ouvert en 2020, illustre néanmoins les efforts de prise en charge, accueillant chaque année un millier de jeunes en quête de réinsertion. Une campagne nationale de sensibilisation, ainsi qu’un dispositif itinérant baptisé Psycho-bus, doivent voir le jour en 2026.
Les services de sécurité en première ligne
Un autre volet de la rencontre a porté sur la dangerosité des substances consommées, un point largement souligné par la psychiatre Khadija Bessedik. La spécialiste explique que les produits en circulation sont souvent composés de mélanges dont la toxicité est imprévisible, exposant les adolescents à des risques majeurs. Elle alerte également sur l’influence des réseaux sociaux, qui contribuent à banaliser les drogues à travers des contenus largement diffusés.
Les forces de sécurité, présentes à la rencontre, assurent multiplier les initiatives de sensibilisation dans les écoles et les quartiers. La Gendarmerie rappelle que le numéro vert 1055 reste accessible pour signaler anonymement tout comportement suspect. La Sûreté nationale, pour sa part, alerte sur des saisies toujours massives de psychotropes, appelant les familles à une vigilance accrue et à une coopération active pour freiner un phénomène qui touche désormais tout le pays.
Une mobilisation qui ne peut être isolée
Au-delà des chiffres et des initiatives annoncées, les intervenants rappellent que la lutte contre la drogue ne se limite pas aux seules institutions. Elle implique un travail de fond sur l’éducation, la prévention, l’écoute et l’accompagnement psychologique des jeunes. Les familles, les écoles, les collectivités locales et la société civile jouent un rôle décisif dans la création d’environnements protecteurs et dans la détection précoce des situations à risque.
Les spécialistes insistent également sur l’importance d’une sensibilisation continue, adaptée aux réalités numériques et aux modes de consommation en constante évolution. Sans mobilisation collective, préviennent-ils, la progression du phénomène pourrait s’inscrire durablement dans le paysage social. À leurs yeux, la lutte contre la drogue doit désormais être pensée comme un enjeu transversal, mêlant action sanitaire, vigilance citoyenne et responsabilité partagée, afin de protéger une jeunesse exposée à des dangers toujours plus complexes.
Par : Aly D








