De la scène funèbre au sacre, la pièce “Djanazet Ayoub” (Les Funérailles d’Ayoub) a remporté le Grand Prix de la 18e édition du Festival national du théâtre professionnel. Ce couronnement consacre l’une des nouvelles productions du Théâtre national algérien et vient enrichir son palmarès, confirmant son renouveau artistique ainsi que son engagement constant en faveur de la qualité et de la création théâtrale.
Présentée en compétition lors de cette édition, la pièce a su séduire le jury par la cohérence de sa proposition artistique et la force de son écriture scénique. Produite par le Théâtre national algérien, Les Funérailles d’Ayoub s’inscrit dans une veine satirique où l’humour noir et le burlesque servent un propos social exigeant, interrogeant les rapports familiaux, l’obsession de l’héritage et la fragilité du vivre-ensemble.
Écrite et mise en scène par Ahmed Rezzak, l’œuvre met en scène Ayoub, riche commerçant polygame, dont la mort déclenche une série de conflits au sein d’une famille élargie livrée à ses propres contradictions. Pendant près de 90 minutes, la pièce déploie une fresque chorale dans laquelle hypocrisie, tristesse de façade et calculs intéressés se succèdent, offrant une satire mordante des dérives sociales liées à l’argent et au pouvoir.
Portée par une distribution de 23 comédiens, dont une forte présence féminine remarquée, la pièce s’appuie sur un jeu collectif maîtrisé et un rythme constamment soutenu. Les échanges directs, l’occupation totale de l’espace scénique et la dynamique de groupe ont contribué à l’efficacité dramatique du spectacle, salué par le public dès sa présentation en compétition.
La mise en scène a également été renforcée par une chorégraphie précise, confiée à Khadidja Guemiri, qui a su donner une dimension visuelle forte aux mouvements collectifs, aux scènes de panique et aux confrontations familiales. La scénographie minimaliste de Lylia Chaouche, reposant sur quelques accessoires et un éclairage adapté, a accompagné les différents tableaux sans alourdir la lecture scénique, tandis que la musique et la bande sonore signées Abdelkader Soufi ont apporté au spectacle des accents de comédie musicale, aux frontières du théâtre populaire.
L’accueil enthousiaste du public, marqué par de longs applaudissements, avait déjà annoncé un succès critique confirmé par l’attribution du Grand Prix. Cette distinction vient ainsi consacrer un spectacle qui invite à une réflexion sur le vivre-ensemble, le respect et la solidarité, tout en revendiquant une écriture scénique accessible et profondément ancrée dans le réel.
Le palmarès de cette 18e édition a également mis en lumière la qualité des interprétations féminines. Le prix de la meilleure interprétation féminine a été attribué ex æquo à Ferial Medjaji et Friza Chemmakh pour leurs rôles respectifs dans Palestine trahie et Biblomania, une reconnaissance saluée notamment par le Théâtre d’Annaba. Le deuxième prix de la meilleure interprétation féminine est revenu à Faten Kassar pour sa performance dans la pièce Paradoxe du Théâtre régional d’El Eulma.
Organisée du 22 décembre 2025 au 1er janvier 2026 au Théâtre national algérien, cette 18e édition du Festival national du théâtre professionnel, s’impose comme un moment fort de la scène théâtrale algérienne, confirmant la vitalité de la création contemporaine et la capacité du théâtre national à conjuguer exigence artistique, engagement collectif et ouverture sur la société.
Par : Aly D







