Avec la diversité de ses territoires, qui font de l’Algérie un paradis de contrastes naturels, le pays constitue l’un des trésors cachés du bassin méditerranéen. Parmi ces trésors, un lieu magique classé par l’UNESCO au patrimoine mondial : le parc national d’El Kala.
Nichée entre montagne et mer, cette région est un monument de la nature. On la visite beaucoup au printemps, juste avant le rush de l’été ; l’automne y est sublime et l’hiver très doux. Autant dire que l’on y est bien toute l’année.
Les amateurs de calme et de randonnées à l’état brut seront comblés par cette terre noyée de verdure. Une végétation épaisse et luxuriante, omniprésente, que seuls les lacs et la mer semblent pouvoir interrompre. Des arbres centenaires, hauts et larges, abritent une flore et une faune extraordinaires, dont le cerf de Barbarie, une espèce endémique et protégée. Nous sommes au cœur de la forêt de Tonga, dans le parc national d’El Kala. Sauvage, propice à la randonnée, à la méditation ou à la baignade, cette région située à la frontière avec la Tunisie est l’un des hauts lieux de la biodiversité et du tourisme, à l’échelle nationale et méditerranéenne. Tourisme balnéaire, randonnée, culture, science : cette portion de terre algérienne n’a pas fini de dévoiler ses merveilles.
Au pays de l’enchantement
Située à une heure de l’aéroport d’Annaba, la petite ville d’El Kala a tout pour plaire. Calme et indolente, elle offre un espace de liberté et de communion avec la nature, une halte reposante dans un cadre enchanteur. On y découvre de grands espaces naturels préservés, où la vie s’écoule au rythme des migrations d’oiseaux et du changement des saisons. La région est un paradis pour les oiseaux. « Les ornithologues peuvent s’extasier d’y observer la plus grande diversité d’oiseaux du Maghreb. » Là se trouvent les seuls lacs permanents d’Algérie : Mellah, Oubeïra, des Oiseaux et Tonga, qui accueillent des dizaines de milliers d’oiseaux nicheurs.
Passée Ben M’hidi, la route goudronnée dévoile des paysages agricoles tachetés d’arbres. Les cigognes sont de retour. Tous ces lieux sont sublimés par la lumière naturelle du jour. Nous dépassons le petit village de Sidi Kaci, puis celui du Lac des Oiseaux. En hiver, c’est le paradis des canards et des poules d’eau. Nous nous approchons d’El Tarf, devenu chef-lieu de wilaya. Non loin de là, à Aïn El Karma, repose Frantz Fanon, dont la dépouille a été rapatriée en juin 1965, selon son vœu d’être enterré en Algérie. Sur son épitaphe, on peut lire : « En reconnaissance à la voie ouverte… ». Après El Tarf, la route mène à la bourgade de Aïn Assel, à l’orée de l’immense forêt dont nous découvrons les prémices. Puis, c’est le village d’El Frine. À gauche, nous apercevons le lac Oubeïra. Pour l’instant, rien ne laisse présager que nous sommes dans une plaine maritime. La végétation se densifie. On a presque envie de s’arrêter pour savourer cette impression de plénitude.
Du bleu plein les yeux
La ville d’El Kala apparaît au bout de la route. Nous traversons un carrefour, la route descend ; au détour d’un virage, le ciel et la mer se dévoilent en harmonie. C’est l’éclatement des sens : après le vert, le bleu nous surprend.
Réputée pour ses plages sauvages, ses criques aux rochers escarpés plongeant dans la mer et ses paysages de rêve, cette petite ville a toujours enchanté les esprits et les cœurs. Si le parc national est son joyau le plus scintillant, c’est aussi une région balnéaire, avec 90 km de côtes parsemées de plages magnifiques, où le sable est si fin qu’il crispe sous les pieds. Certaines sont encerclées de rochers escarpés (attention aux oursins !).
Longeant la route de la côte ouest, une succession de plages de sable blanc – La Callissarpe, La Messida, Bourtibicha, El Aouinet – offre des décors idylliques. Un plongeon s’impose pour les passionnés de baignade. On est ici loin de la surpopulation du Cap Rosa, de la vieille Calle ou de l’« Usine », à présent appelée El Mordjène.
Ce littoral est connu pour la richesse de ses fonds marins. On y pêche le corail, autre joyau des abysses. Les magnifiques paysages sous-marins regorgent de vie. Les énormes mérous, à l’origine du fameux « couscous callois », ont adopté ces côtes paisibles pour y vivre et s’y reproduire. C’est aussi le terrain de jeu des marsouins et des tortues marines. La côte est une suite de criques, dont la plupart ne sont accessibles que par mer. On a la sensation de se trouver sur une île déserte.
Au milieu d’une végétation luxuriante, comme des ombres balayées par le vent, les rochers s’arc-boutent face à la mer. Le « pays callois » est un pays de défis, une terre offerte aux embruns qui ébouriffent les massifs du piémont et fouettent les baies chatoyantes. Les jeunes arbustes exhalent parfois des effluves venus des flancs des montagnes.
Une région unique
Ces panoramas naturels vous transportent dans un monde enchanteur. Il n’y a pas de place pour le vide dans ces paysages : la flore emplit le moindre espace. L’unique intervalle est réservé à la route ; du vert, du vert, encore du vert, éclatant sous le soleil matinal.
La région peut se targuer d’être l’unique plaine maritime d’Algérie. Cette zone humide, protégée par la convention Ramsar, est aussi l’une des plus boisées du pays. Les forêts couvrent plus de la moitié du territoire de la wilaya. Deux zones naturellement protégées ont été délimitées : le parc national et le parc écologique, ainsi que les corridors de passage de Béni Salah à l’extrême sud-est. On s’immerge dans une nature encore vierge. Les forêts renferment des trésors comme la bruyère, utilisée pour la fabrication de pipes, une spécialité locale.
Le parc national, d’une superficie de 80 000 hectares, est inscrit au patrimoine mondial. Il constitue aujourd’hui l’une des plus belles réserves naturelles du bassin méditerranéen. En son sein se trouvent les lacs Oubeïra, Mellah et Tonga. À ce décor précieux s’ajoutent les ressources naturelles, comme le thermalisme : la région compte six sources, dont les plus importantes sont Hammam Sidi-Trad et Hammam Béni Salah.
Nous y reviendrons
Un peu perplexes, nous réalisons l’immense liberté qui s’offre à nous. El Kala est-elle un coin de paradis ? Chaque pas nous répond à pleins poumons : « Oui ! »
Oui au bonheur. En y revenant par la pensée, c’est ce qu’El Kala nous a offert. Cette ville envoûtante gardera toujours une place particulière dans le cœur de ses visiteurs comme dans celui de ses enfants.
Nous nous promettons d’y revenir un jour, lorsque nous serons fatigués des tourments du monde. Et c’est là, face à la mer immense, au milieu des nôtres, que nous reposerons pour l’éternité.
Par : Aly D









