Longtemps, la vie culturelle en Algérie s’est construite sous le signe d’un pilotage quasi exclusif par les pouvoirs publics.
Salles de spectacles, festivals, soutien aux artistes, programmation : l’État a assuré l’essentiel, parfois au prix d’une dépendance structurelle. Cette organisation a permis de maintenir une activité artistique minimale, mais elle a aussi installé durablement l’idée que la culture relevait avant tout de la subvention, rarement de l’investissement. Pendant ce temps, dans de nombreux pays, la culture s’est affirmée comme un secteur économique à part entière, capable de créer de l’emploi, de générer des revenus et de renforcer l’attractivité des territoires.
Premiers signes d’une mutation silencieuse
Depuis quelques années, le paysage commence pourtant à évoluer. Des initiatives privées, encore discrètes mais de plus en plus structurées, apparaissent et esquissent une autre manière de penser la culture : non plus uniquement comme une mission institutionnelle, mais aussi comme un espace de création de valeur, d’innovation et de rayonnement urbain. Dans cette mutation progressive, Oran s’impose comme un terrain d’expérimentation singulier.
Déjà reconnue pour son effervescence artistique et son héritage musical, la ville s’est transformée en laboratoire d’un investissement culturel en construction. Théâtre, cinéma, musique, arts visuels ou mode : plusieurs projets portés par des opérateurs privés ont vu le jour, dessinant les contours d’un mécénat évolutif, glissant peu à peu vers un véritable investissement structuré. À l’échelle nationale, la dynamique reste encore embryonnaire. À l’échelle locale, elle est suffisamment lisible pour interroger les modèles établis.
Complémentarité public-privé : une dynamique assumée
Le spectacle vivant illustre de manière emblématique ce tournant. L’ouverture, ces dernières années, d’un premier théâtre privé à Oran a marqué un moment symbolique pour le secteur. Financé par un opérateur privé, cet espace de taille modeste a fait le choix d’une programmation variée, mêlant théâtre, stand-up, lectures, rencontres littéraires et concerts intimistes. Conçu comme un lieu de création autant que de transmission, il accueille également des ateliers et des sessions de formation consacrés à l’écriture, à la danse ou aux métiers du design. L’expérience a ouvert la voie à un second projet, actuellement en cours de réalisation, prévoyant une salle de plus grande capacité accompagnée d’une académie de musique.
Le cinéma, moteur structurant de l’investissement privé
C’est dans le cinéma que l’investissement privé a trouvé l’une de ses expressions les plus abouties. L’ouverture, en 2022, du premier multiplexe de cinéma du pays à Oran a constitué un événement majeur pour le secteur du septième art. Conçue selon des standards technologiques internationaux et réalisée par des compétences nationales, l’infrastructure comprend plusieurs salles, ainsi que des espaces dédiés à la formation, aux ciné-clubs et aux rencontres professionnelles. Le projet dépasse la simple projection de films : il vise à structurer un réseau de diffusion, à soutenir la production nationale et à recréer une culture de la salle auprès de nouveaux publics.
Vers un modèle encore fragile mais porteur
Autour de ces projets structurants gravitent également des librairies indépendantes animées, des bibliothèques privées, des galeries d’art installées dans des espaces non conventionnels et des initiatives de formation artistique portées par des acteurs locaux. Pris isolément, chacun de ces projets peut paraître modeste. Ensemble, ils dessinent toutefois les contours d’un modèle émergent, fondé sur une complémentarité assumée entre action publique et investissement privé.
Si l’expérience oranaise reste encore limitée, elle n’en demeure pas moins révélatrice. Elle montre que la culture peut être envisagée comme un levier d’animation urbaine, de cohésion sociale et de développement touristique. Cinéma, musique, arts de la scène, ou édition ne relèvent plus uniquement du symbolique. Ils constituent des filières structurées, capables de contribuer à la croissance et à la transformation des villes. À Oran, cette prise de conscience est déjà à l’œuvre. Reste à savoir si elle saura, à terme, essaimer au-delà de ses frontières. L’appel est lancé.
Par : Aly D









