Les classiques du raï, du chaâbi ou encore de la chanson kabyle connaissent une étonnante renaissance sur les réseaux sociaux. Grâce à l’intelligence artificielle, des tubes de Cheb Khaled, Cheb Mami, Dahmane El Harrachi, Idir ou Djamel Allam sont revisités dans des versions inédites qui séduisent un public toujours plus nombreux. Entre accélérations de rythme, fusion des genres et réinterprétations vocales, ces créations accumulent les milliers de vues, de mentions « J’aime » et de commentaires.
Les possibilités offertes par les nouveaux générateurs musicaux semblent infinies. Une mélodie gnaouie peut ainsi adopter des sonorités électro, country, jazz ou heavy metal, tandis que des chansons emblématiques sont réarrangées dans des styles inattendus. Certaines productions vont jusqu’à faire interpréter des titres contemporains par les voix recréées de figures emblématiques du patrimoine musical maghrébin.
Parmi les créateurs les plus suivis figure MusicLab, qui revendique une véritable démarche artistique. « L’IA génère, mais l’artisanat est humain », précise son auteur, expliquant écrire les textes, définir les arrangements, guider les interprétations et corriger notamment la phonétique kabyle. Son catalogue va d’une adaptation en Desert Blues de « Lbaz » à une version country de « Ya Lmenfi », sans oublier « Still Loving You » des Scorpions chanté en kabyle ou encore « Kenza » de Matoub Lounès revisité en duo d’opéra.
Cet engouement n’efface toutefois pas les interrogations. Des spécialistes rappellent qu’un arrangement, aussi élaboré soit-il, ne fait pas de son auteur le créateur de l’œuvre originale. La multiplication de versions présentées comme des créations inédites entretient parfois une confusion sur la paternité des compositions et risque d’effacer le travail des auteurs. Adapter une œuvre constitue un exercice artistique à part entière, mais il ne saurait remplacer ni occulter son créateur.
Malgré ces débats, ces réinterprétations ont trouvé leur public, notamment chez les plus jeunes. Elles permettent de remettre au goût du jour des chansons parfois méconnues des nouvelles générations, tout en offrant une passerelle entre patrimoine musical et technologies de pointe. Une manière de prouver que les grands classiques peuvent encore traverser les époques, à condition que leur histoire et leurs auteurs demeurent pleinement reconnus.
Par : Aly D






