Face à la persistance de la crise diplomatique entre Alger et Paris, Michel Bisac, président de la CCIAF, met en garde contre un décrochage économique de la France en Algérie.
Le président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF), Michel Besace, alerte sur le risque réel pour la France de perdre durablement le marché algérien si la crise politique entre les deux pays venait à se prolonger. Selon lui, la récente visite à Alger de Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie (AFA), constitue toutefois un signal positif susceptible de relancer le dialogue. Une visite saluée par les opérateurs économiques français établis en Algérie, qui y voient une approche pragmatique et respectueuse, rompant avec les tensions observées ces derniers mois. ”Nous avons été surpris et enthousiasmés par son discours (après l’audience que lui a accordé le président Tebboune, Ndlr) car c’est la première fois que nous entendons des déclarations aussi pertinentes. C’était la première fois que j’entendais quelqu’un qui avait compris la sensibilité des Algériens et du peuple algérien”, a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : ”Les propos qu’elle a tenus en Algérie nous ont permis de reprendre espoir dans l’amélioration des relations bilatérales entre l’Algérie et la France.
Sa ligne, en revanche, dérange beaucoup de monde par le fait qu’en quatre jours, elle a obtenu ce que les autres n’ont pu avoir depuis près de deux ans. En tant qu’opérateurs économiques, nous déplorons les relations médiocres voire inexistantes entre l’Algérie et la France.”
Si les déclarations ont de quoi enthousiasmé M.Bisac, les chiffres du business entre Alger et Paris traduisent néanmoins l’ampleur du recul. En effet, les exportations françaises vers l’Algérie ont baissé de 17 % en 2025, selon les douanes françaises. Certains secteurs ont été particulièrement touchés, notamment l’agriculture, avec une chute de 98 % des exportations de blé et de 95 % pour les bovins. Le trafic de conteneurs en provenance de France, notamment depuis le port de Marseille, aurait également reculé d’environ 50 %.
Partenariats productifs
Et de poursuivre : ”Ségolène Royal était à l’écoute et a mesuré l’importance de la relation économique entre l’Algérie et la France. Car, le seul canal resté ouvert depuis la crise est le volet économique. Nous avons toujours gardé des relations avec les opérateurs économiques notamment avec le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et son président Kamel Moula. Je pense que l’économie reste l’un des moyens les plus efficaces pour sortir de cette crise. Je crois que cela, Mme Royal l’a bien compris.”
D’après M. Bisac, dans les relations d’affaires entre l’Algérie et la France, Paris perd du terrain. Si quelques segments résistent, à l’image de l’automobile, des pièces de rechange et de l’aéronautique – avec la livraison d’Airbus A330neo-900 à Air Algérie; il avertit que ces exceptions ne sauraient compenser la perte de parts de marché au profit d’autres partenaires de l’Algérie, tels que l’Italie, l’Allemagne, la Turquie, la Chine ou encore la Russie.
Pour le président de la CCIAF, interviewé par TSA, l’enjeu dépasse désormais la simple logique d’exportation. Il plaide pour des partenariats productifs et créateurs de valeur en Algérie, en phase avec la priorité donnée par les autorités à la production locale. Il assure, par ailleurs, qu’aucune entreprise française n’a quitté le pays, mais que celles qui se limitaient à l’importation doivent désormais s’adapter ou investir localement.
Selon lui, l’Algérie offre des atouts compétitifs significatifs, notamment un coût de l’énergie très bas et une main-d’œuvre qualifiée. ”Les projets avancent en Algérie. Reste à savoir si la France souhaite en être un partenaire durable ou laisser la place à d’autres”, a-t-il souligné.
Par : Akram Ouadah








