La scène culturelle algérienne traverse une période de stagnation. Activités routinières, manque d’initiative et projets souvent répétitifs : la ministre Malika Bendouda n’a pas hésité à qualifier la situation de “synonyme d’inactivité et de routine”.
Face à ce constat, le ministère a organisé une série de rencontres avec les directeurs de wilayas et responsables d’institutions culturelles, qui se sont déroulées du 18 au 29 janvier, afin d’évaluer les pratiques et identifier les leviers de réforme.
Les directeurs locaux pointés du doigt
Le principal frein à la créativité culturelle réside aujourd’hui au niveau local. Les directeurs de wilayas et responsables d’institutions peinent à faire preuve d’initiative et à se montrer à la hauteur de leurs postes. Fayçal Lahmar, écrivain et chercheur, souligne que seules une dizaine de wilayas offrent une véritable dynamique culturelle, tandis que la majorité se contente de reproduire des programmes ministériels sans innovation ni ambition. Selon Sofiane Mokhnache, écrivain et romancier, ce manque de créativité transforme le secteur en un simple exercice administratif : “Beaucoup de directeurs se limitent à appliquer les directives, sans proposer de projets originaux ou durables.”
Le profil des directeurs est donc central. Mokhnache insiste sur l’importance d’avoir des responsables qui comprennent la culture : “Un directeur purement administratif ne saisit pas les spécificités du secteur. Lorsqu’il est formé à la culture, il peut combler le fossé entre administration et artistes.” Selon lui, la réforme passe par un renouvellement des responsables capables de combiner gestion et culture.
Des pratiques administratives trop rigides
Le cadre légal reste un autre point sensible. Fayçal Lahmar souligne que les créateurs locaux manquent de liberté et sont souvent contraints de chercher leur expression à l’étranger. “Certaines institutions sont inefficaces sur le terrain, malgré des textes ambitieux”, déplore-t-il. Le véritable défi réside dans la traduction des lois en actions concrètes sur le terrain.
Le financement constitue également un enjeu majeur. Mokhnache insiste sur l’importance de donner aux directeurs locaux un accès direct aux fonds pour la réalisation des projets.
L’Algérie pourrait devenir un pôle attractif pour les talents et les investissements dans la culture, à condition de réformer les pratiques administratives encore trop rigides et de limiter la répétition d’activités sans impact réel et qui affichent des salles vides. Car au-delà des lois, des budgets et des programmes, la véritable vitalité de la culture dépend des femmes et des hommes qui la vivent pleinement. Pour eux, la culture n’est pas seulement un salaire à la fin du mois, mais un mode de vie, un engagement quotidien qui nourrit l’esprit, la créativité et le lien social. Relancer le secteur culturel algérien ne sera possible que si cette énergie humaine, passionnée et dévouée, retrouve sa place au cœur des projets.
Par : A.D









