C’est au niveau de la Plaine Ouest, cité El Abtal que, depuis des années, les commerçants établis le long de la voie principale dénoncent une dépossession quotidienne de leur espace de travail. Chaque matin, des étals surgissent sur les trottoirs et dans les emplacements réservés aux bus, des caisses servent à réserver des places, des tentes sont montées en permanence. La clientèle bute sur l’obstacle, les marchandises s’abîment au bord de la chaussée, l’activité légale s’érode.
«J’ai acheté ce local avec les économies de toute une vie et je paie des impôts tous les mois», confie un propriétaire d’épicerie dont la boutique donne sur la route principale. «Et puis, arrive un matin, un type avec une Mazda. Il pose sa caisse, il vend, il embrouille le passage, et il ne paye rien. C’est moi qui paye pour tout, et lui il a exactement le même bénéfice sans rien débourser.»
La plainte revient dans la bouche de plusieurs commerçants. «J’ai signé un bail pour ce magasin, je règle le loyer, je paie la taxe foncière, alors que ces gens arrivent et s’installent devant ma devanture comme si la rue leur appartenait», dit un commerçant qui tient une boutique de légumes. «Ils reviennent chaque jour avec les mêmes voitures, avec les mêmes plaques. On signale, on dépose des plaintes depuis des années, mais rien ne change.»
La répétition des mêmes véhicules augmente le sentiment d’organisation et d’impunité. Selon les commerçants, les fautifs utilisent des méthodes visibles de rétention d’espace, caisses et bâches servant à matérialiser des emplacements réservés. L’accès aux boutiques se trouve ainsi restreint, parfois empêché, et les altercations verbales deviennent fréquentes. «Un client qui veut entrer doit souvent faire face à des insultes ou à des menaces», raconte un commerçant. «On se sent menacés dans notre propre travail.»
Les commerçants soulignent l’impact économique immédiat. Moins de clients entrent, les ventes baissent, et pourtant les charges fixes continuent. «Ma trésorerie est en souffrance», explique une commerçante. «Comment tenir quand on paie le loyer, les impôts et que les autres prennent la clientèle sans contrainte?» Le poids fiscal et locatif pèse d’autant plus lourd qu’il n’est accompagné d’aucune protection visible.
La situation perdure. Les commerçants veulent que leur voix soit portée aux autorités, qu’un calendrier d’intervention soit fixé, et qu’enfin la logique du profit imposé par la force cède la place à un ordre légal protecteur du commerce installé. Tant que la rue restera l’apanage de ceux qui imposent leur présence sans payer, le tissu commercial de «Sahl Gharbi» continuera de se dégrader.
Par : Mahdi AMA







