L’Algérie fait face à une progression préoccupante des cancers, qui met sous pression les capacités de prise en charge et alourdit le coût des traitements. Selon le professeur Kamel Sanhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), entre 14 000 et 15 000 nouveaux cas s’ajoutent chaque année aux patients déjà recensés, dont le nombre dépasse 56 000. Cette évolution impose, selon lui, d’aller au-delà du renforcement des structures et de l’approvisionnement en médicaments.
Jusqu’à 100 000 malades ?
Dans une vidéo publiée par la page « Santé Plus », le professeur Sanhadji a alerté sur le défi auquel le système de santé sera confronté si cette progression se poursuit. « Même si vous construisez des centres, même si vous achetez tous les médicaments que vous voulez, ça ne va pas suffire parce que le nombre de personnes touchées par le cancer progresse chaque année de 14 000 ou 15 000 cas supplémentaires qui viennent s’ajouter aux 56 000 malades existants déjà, et là on va vite atteindre 80 000, 90 000, 100 000 malades », a-t-il déclaré.
Un bilan du Réseau national des registres du cancer fait état de plus de 56 000 nouveaux cas recensés en 2023, soit une hausse de plus de 34 % en moins de dix ans. Cette progression pose des défis en matière de prise en charge, de capacités d’accueil et de financement.
Le cancer, un gouffre financier
Pour le président de l’ANSS, l’augmentation du nombre de patients ne peut être absorbée uniquement par la construction de centres spécialisés et l’achat de médicaments. Le coût élevé des traitements constitue également une contrainte majeure.
« Où les mettre ? C’est impossible de les traiter et de leur acheter les médicaments. Les traitements pour le cancer sont très chers : il faut compter entre 1000 et 3000 euros la boite, pour une prise en charge en continu. Comment les gens vont-ils faire ? » interroge-t-il.
Sanhadji rappelle les moyens consacrés par les pouvoirs publics à la prise en charge, mais estime que la progression des cas rend cette approche de plus en plus difficile. « Je suis conseiller auprès du président Tebboune qui est au courant de cette situation. Il a beau donner l’argent et mettre de grands moyens, on n’y arrivera pas ! »
Il rapporte également une déclaration du président de la République : « Il pourrait consacrer l’intégralité du budget de l’État au traitement du cancer, mais cela ne suffirait pas. » Pour le responsable de l’ANSS, ces constats imposent donc d’agir en amont pour réduire le nombre de nouveaux cas.
« Il ne faut pas faire de cancer »
Interrogé sur les solutions, notamment en marge d’une journée d’étude consacrée à la santé et au changement climatique sous le slogan « Santé climatique… Prévention et lutte », le professeur Sanhadji a placé la prévention au centre de sa réponse. « Il n’y a pas de secret, il ne faut pas faire de cancer. »
Il souligne la nécessité de s’attaquer aux principaux facteurs de risque : « s’attaquer aux causes d’exposition aux cancers (alimentation, tabac, surpoids et obésité, manque d’activité physique…). « C’est cela la vraie prévention basée sur des données solides », a-t-il dit.
Les cancers du sein, colorectal, de la prostate et du poumon figurent parmi les plus fréquents en Algérie. Leur progression est notamment associée au vieillissement, au tabagisme, à la sédentarité et aux habitudes alimentaires, tandis que les facteurs environnementaux font également partie des préoccupations.
Face à cette évolution, le Pr Sanhadji plaide pour une approche dépassant le seul renforcement des structures de soins et la disponibilité des médicaments. « l’enjeu n’est plus seulement d’augmenter les capacités de traitement, mais d’agir en amont sur les facteurs de risque, de favoriser le diagnostic précoce et de garantir un parcours de soins plus accessible et mieux coordonné », soutient-il.
La prévention et le dépistage précoce apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour freiner la progression de la maladie et alléger la pression sur le système de santé.
Par : S.A.B.











