À l’approche de l’Aïd et avec le retour des beaux jours, les réseaux sociaux en Algérie se remplissent de vidéos séduisantes de barbecues en pleine nature. Sur Instagram et TikTok, des scènes de grillades au bord de rivières, en forêt ou dans des clairières isolées accumulent les vues et les partages. Esthétique soignée, ambiance conviviale, paysages verdoyants : ces contenus donnent une impression d’évasion simple et accessible. Mais derrière cette image attractive se cache une réalité beaucoup plus préoccupante.
Ces publications, souvent portées par des influenceurs dits “nature”, participent à banaliser des pratiques pourtant strictement encadrées, voire interdites. Depuis le 1er juin 2025, l’allumage de feu dans ou à proximité des espaces forestiers est formellement interdit sur une large partie du territoire, notamment en période estivale. La réglementation va plus loin dans plusieurs régions en imposant une distance minimale de 200 mètres par rapport aux zones boisées. L’objectif est clair : limiter les départs de feux dans un contexte où la sécheresse et les fortes températures rendent la végétation particulièrement vulnérable.
Pourtant, les images diffusées sur les réseaux ignorent souvent ces règles. Elles ne montrent ni les risques, ni les conséquences potentielles. Or un simple barbecue mal maîtrisé peut suffire à déclencher un incendie. Une braise transportée par le vent, une étincelle ou un feu insuffisamment éteint peuvent rapidement transformer un moment de détente en catastrophe environnementale.
Les autorités rappellent régulièrement que les feux de forêt sont majoritairement d’origine humaine et souvent accidentelle. Les mégots de cigarette jetés au bord des routes restent l’une des premières causes identifiées. Dans des conditions de chaleur, de vent et de végétation sèche, ce geste anodin devient un facteur déclencheur majeur. Les barbecues improvisés et le camping sauvage s’ajoutent à cette liste de comportements à risque, notamment lorsqu’ils sont pratiqués en dehors des zones aménagées.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il est amplifié par la viralité des contenus. En valorisant des expériences de plein air sans mentionner les dangers ni le cadre légal, certains influenceurs contribuent à normaliser des comportements imprudents, surtout auprès d’un public jeune. L’impact est réel : imitation, banalisation du risque et impression trompeuse de sécurité.
Pourtant, des alternatives existent pour profiter de la nature sans danger. Des espaces aménagés et encadrés permettent d’organiser des barbecues en toute sécurité, loin des zones sensibles. Certaines structures privées proposent également des formules contrôlées, offrant une expérience de plein air sans compromettre la sécurité environnementale.
Chaque été, les incendies de forêt provoquent des dégâts considérables sur les plans écologique, économique et humain. Dans ce contexte, la responsabilité collective est engagée, y compris celle des créateurs de contenus. La mise en scène de pratiques à risque, même involontairement, soulève la question de leur impact réel sur les comportements.
Entre liberté de création et devoir de vigilance, la frontière devient essentielle. Car derrière une vidéo virale se joue parfois bien plus qu’une simple tendance : un risque bien réel pour les forêts, les territoires et les populations.
Par : Aly D










