La rupture des poches de collecte de sang plonge les structures sanitaires d’Annaba dans une situation d’urgence qui ne cesse de s’aggraver. Plusieurs services hospitaliers, dont le Centre hospitalo-universitaire Ibn Rochd et établissement public hospitalier El Hadjar fonctionnent, depuis plusieurs jours, avec des stocks presque nuls. Ce qui a conduit à l’arrêt des opérations chirurgicales programmées, à l’exception des cas où la vie du patient est en jeu.
Selon le directeur du CHU, l’origine de cette crise remonte à la réception d’un lot de poches de collecte déclaré non-conforme après inspection technique. Le matériel a été retourné à la pharmacie centrale, laissant les centres de transfusion sans moyens d’assurer les prélèvements. Le problème dépasse, par ailleurs, les frontières de la wilaya. Il s’agit, d’après les responsables, d’une difficulté d’ampleur nationale affectant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
Cette rupture touche de plein fouet les malades souffrant de pathologies nécessitant des transfusions régulières. Parmi elles, les cancers, la drépanocytose, les anémies chroniques sévères, mais aussi l’insuffisance rénale, pathologies très prévalentes dans la région, ainsi que d’autres maladies. Pour ces patients, l’accès au sang n’est pas un confort clinique : c’est une question de survie. Des sources bien informées contactées par notre rédaction décrivent une tension croissante au sein des services médicaux et une inquiétude persistante. Une telle rupture peut entraîner des complications rapides et parfois irréversibles chez les patients les plus vulnérables.
Dans les centres de transfusion, une autre conséquence apparaît déjà : l’impossibilité de recevoir les donneurs. Les bénévoles, souvent mobilisés par des associations caritatives ou par sens du devoir humanitaire, se présentent régulièrement pour faire don de leur sang. Faute de poches disponibles, leurs efforts ne peuvent être recueillis, ce qui accélère inexorablement l’épuisement du stock. Si la situation perdure, préviennent les responsables du centre, les patients seront privés des quantités de sang nécessaires, ce qui entraînera une dégradation directe de leur état de santé.
Face à l’urgence, la direction de la Santé et de la Population (DSP) de la wilaya d’Annaba, en coordination avec la direction du CHU, a fini par engager une mesure exceptionnelle : l’acquisition de plus de 300 poches de sang auprès d’un fournisseur alternatif, en attendant une solution durable au niveau national.
En parallèle, les services médicaux établissent désormais des priorités extrêmement strictes. Certains patients peuvent, dans les cas les plus délicats, recevoir le sang directement à la seringue lorsque la situation l’autorise, une méthode utilisée seulement en ultime recours pour gagner du temps avant la disponibilité de poches conformes. Cette stratégie illustre l’ampleur de la crise et les efforts déployés pour éviter le pire.
Sur le plan institutionnel, la crise a suscité une réaction officielle : le député de Ali Mouilhi a adressé, le 25 novembre 2025, une question écrite au ministre de la Santé, pour connaître les mesures urgentes prévues pour approvisionner les wilayas d’Annaba et d’El-Tarf en poches de collecte. Dans son courrier, il souligne les risques majeurs encourus par les malades en cas de pénurie prolongée et appelle à une intervention immédiate.
Par : I.S.






