Présentée au Théâtre régional Azzedine-Medjoubi dans le cadre du 8ᵉ Festival national de la production théâtrale féminine, « Katma » propose une adaptation de « La Maison de Bernarda Alba » de Federico García Lorca.
Produite par le Théâtre national algérien et mise en scène par Amal Menighad, la pièce transpose cette œuvre dans une sensibilité algérienne et replonge dans un univers où les traditions, le regard des autres et l’autorité familiale pèsent lourdement sur les femmes. Après la mort du père, Lellahoum, incarnée par Souad Djennati, impose à ses cinq filles huit années de deuil. La maison devient leur seul horizon et chaque geste est soumis aux règles de la mère. Dans cet espace fermé, l’autorité ne se limite pas à l’obéissance : elle repose aussi sur la crainte du jugement extérieur et sur la nécessité de préserver l’honneur familial.
Cette obsession de l’apparence nourrit l’oppression qui traverse la pièce. Lellahoum entend maintenir intacte l’image de sa famille, quitte à imposer aux cinq filles une existence réglée jusque dans les moindres détails. Mais à mesure que le temps passe, les contraintes font naître les frustrations et les rivalités. Le huis clos accentue encore cette tension. Huit comédiennes occupent l’espace scénique, tandis que les hommes restent invisibles. Ils ne sont jamais montrés, mais leur présence est constamment évoquée. Les comédiennes donnent corps à cet univers exclusivement féminin, traversé par la frustration, la jalousie et l’aspiration à sortir des limites qui lui sont imposées.
C’est dans cette confrontation entre autorité et liberté que la tragédie prend forme. La maison protège autant qu’elle enferme, le deuil devient un instrument de contrôle et l’honneur familial une règle à laquelle chacun doit se soumettre. Le titre « Katma », qui évoque ce qui est retenu ou contenu, prolonge cette idée d’une parole et d’une existence maintenues sous contrainte.
Écrite par Lorca en 1936 et créée à Buenos Aires en 1945, « La Maison de Bernarda Alba » est considérée comme le dernier volet d’une trilogie consacrée aux destins féminins confrontés aux carcans sociaux. Traduite et montée dans de nombreux pays, l’œuvre continue de résonner dans les sociétés où les traditions, l’honneur et le regard collectif façonnent encore les rapports sociaux.
Avec « Katma », Amal Menighad en livre une lecture convaincante, portée par un jeu d’ensemble solide et une tension qui ne se relâche jamais. La mise en scène réussit surtout à faire de cet univers féminin fermé un espace bien vivant. Une adaptation qui laisse une impression durable, tant par la force du huis clos que par la manière dont les huit comédiennes en font monter la tension jusqu’au drame.
Par : Aly D











