L’Algérie s’achemine vers une action en justice contre le Maroc auprès des instances internationales en raison de la pollution persistante et volontaire du cours d’eau transfrontalier de l’oued Mouileh, situé à proximité des frontières communes, selon un article publié hier par le quotidien El Khabar.
Cette situation alarmante fait suite aux recommandations issues de la conférence internationale sur les cours d’eau transfrontaliers, abritée récemment par la wilaya de Tlemcen. Les travaux ont mis en lumière une menace directe pesant sur l’avenir d’environ deux millions d’habitants répartis entre Maghnia, Tlemcen et une partie de la wilaya d’Aïn Témouchent.
D’après les interventions d’experts et de chercheurs africains rapportées par El Khabar, l’oued Mouileh constitue un cas d’exception sur le continent en raison du niveau critique de sa pollution. Des analyses de laboratoire ont révélé des concentrations de métaux lourds et de produits chimiques dépassant de 400 fois les normes internationales recommandées, une contamination exacerbée par l’intensification des activités industrielles dans la ville marocaine voisine d’Oujda.
Interrogé par le journal, Mihoubi Mostefa Kamal, ancien ministre des Ressources en eau et professeur à l’École supérieure de l’hydraulique, a précisé que les eaux du barrage de Mouileh, prenant leur source à Sidi Abed, pénètrent au Maroc à l’état naturel et de bonne qualité, dotées de stations de mesure des débits.
En revanche, lorsqu’elles retraversent la frontière vers le territoire algérien, elles reviennent lourdement polluées et toxiques, entravant le développement local et portant atteinte au droit fondamental à l’eau consacré par le droit international (résolution 62/249 de l’ONU) et par l’Agenda 2030 (Objectif 6).
Recours au droit international
Face à ce qu’il qualifie d’entêtement et de non-respect des conventions et de l’éthique internationale par le pays voisin, M. Mihoubi a annoncé la préparation prochaine d’un dossier solide, s’appuyant sur des preuves scientifiques irréfutables rassemblées par l’université algérienne, en vue d’ester le Maroc en justice. Parallèlement à cette démarche juridique, l’État algérien déploie d’importants moyens humains, matériels et technologiques pour protéger le barrage de Boughrara — principal exutoire de la région — en collaboration avec des institutions universitaires à l’image de l’Université de Biskra, qui a développé un dispositif flottant de détection de la pollution en temps réel.
Ces efforts s’inscrivent dans le cadre de la stratégie nationale de sécurité hydrique et de lutte contre les changements climatiques, axée notamment sur le renforcement du système national de stations d’épuration (comptant 237 structures), l’extension de la station de Maghnia, le développement du dessalement de l’eau de mer et la généralisation de la réutilisation des eaux épurées en agriculture, conformément aux orientations des hautes autorités du pays visant à prémunir les ressources nationales contre les risques de stress hydrique.
Par : Akram Ouadah









