Dans une récente prise de parole sur Canal Algérie, l’historien Benjamin Stora a dénoncé « une poussée très violente de l’extrême droite » en France. Il estime que cette évolution s’accompagne d’une campagne persistante et de plus en plus virulente dirigée contre l’Algérie, portée à la fois par certains responsables politiques et relais médiatiques. Spécialiste de l’histoire contemporaine algérienne, l’historien replace cette dynamique dans un contexte de tensions mémorielles accrues et de relecture du passé colonial. Selon lui, ces discours risquent d’alimenter davantage les incompréhensions entre les deux rives de la Méditerranée.
Rappelons que le 13 avril dernier, la France a adopté une loi-cadre portant sur la restitution des biens culturels acquis illicitement durant la période coloniale. Présentée comme un geste d’apaisement, cette initiative révèle toutefois une contradiction majeure qui en limite la portée. Si le texte reconnaît explicitement les spoliations, il maintient parallèlement le principe d’inaliénabilité des collections publiques françaises.
Une disposition qui, dans les faits, bloque la restitution des pièces les plus symboliques. Benjamin Stora a, d’ailleurs, souligné ce paradoxe lors de son passage sur Canal Algérie. Pour lui, il est incohérent de reconnaître une appropriation illégitime sans en tirer les conséquences concrètes. Autrement dit, admettre un vol sans restitution revient à en neutraliser la portée. Au cœur de cette question figure le canon Baba Merzoug, saisi en 1830 lors de la prise d’Alger par les troupes françaises commandées par Guy-Victor Duperré. Selon Stora, ce type d’objet, antérieur à la colonisation, relève pleinement du patrimoine historique algérien. Il en va de même pour les effets personnels de l’Emir Abdelkader, qui s’inscrivent dans une histoire nationale bien antérieure à la présence coloniale.
« Négationnisme colonial »
Au-delà de ces cas, l’historien souligne que la loi ne répond pas à l’essentiel du contentieux mémoriel, notamment les questions liées à la guerre d’indépendance, aux disparus de la Bataille d’Alger, ou encore aux 132 années de colonisation. De son côté, Alain Ruscio dénonce la persistance d’un « négationnisme colonial » dans certains médias français. Il pointe des publications valorisant la période coloniale, qu’il juge entachées d’erreurs historiques et d’un discours hostile à l’Algérie contemporaine. Dans ce contexte, la loi apparaît davantage comme un compromis politique que comme une avancée réelle. Elle traduirait, selon Ruscio, une volonté de multiplier les gestes symboliques tout en évitant une remise en question profonde du passé colonial.
Sur le plan juridique, Smaïl Boulbina, invité de Canal Algérie, amis en avant un argument déterminant : la loi prévoit la restitution des biens n’ayant pas servi à des fins militaires. Or, des documents indiquent que le canon Baba Merzoug était hors service depuis 1666, ce qui renforcerait la légitimité de sa restitution. Pour Ruscio, cette approche partielle rappelle certaines positions du président français, Emmanuel Macron, sur des épisodes sensibles comme les événements du Massacre du 17 octobre 1961, où la responsabilité de l’État n’avait pas été pleinement assumée. Alors que pour Benjamin Stora, le débat ne peut se limiter à cette loi, appelant à poursuivre les efforts en faveur d’une reconnaissance complète, impliquant à la fois la restitution des biens et l’acceptation d’une histoire algérienne antérieure à 1830.
Par : Akram Ouadah









