Par : M.Rahmani
L’avenir, il est là-bas, nous lance un jeune à Sidi Salem pointant du doigt l’horizon pour nous indiquer la rive nord de la Méditerranée, je partirai un jour c’est sûr, le temps que je réunis le prix de la traversée qui a grimpé ces derniers temps car la demande a explosé. »
Sur ce pont qui enjambe la Seybouse juste à l’embouchure où se jette cette rivière dans la Méditerranée, le jeune homme regarde la mer s’imaginait déjà de l’autre côté et arrivé sur cette terre synonyme pour lui de réussite. Ces propos tenus par ce candidat à l’émigration clandestine renseignent sur l’état d’esprit d’une jeunesse qui a perdu ses repères et que rien ni personne ne peut lui faire changer d’avis.
Ce rêve, il est le quotidien de milliers de jeunes qui ne vivent que pour partir et quitter le pays pour s’installer sur le vieux continent et refaire leur vie comme ils le souhaitent. Cet enthousiasme qui a quelque peu diminué durant le Hirak s’est amplifié ces dernières semaines qui ont vu des centaines de jeunes, de moins jeunes et de femmes qui prennent la mer bravant les dangers pour rejoindre ces pays européens où ils espèrent se faire une place.
Les départs à partir d’Oran, Mostaganem, Tipasa, Boumerdès, Annaba, El Kala ou d’autres villes côtières ne se comptent plus. Des embarcadères clandestins d’où « les expéditions » se font à la faveur de la nuit emportant vers l’inconnu des jeunes dont la plupart n’arriveront jamais à destination.
Disparition en haute mer, noyades, interception par les garde-côtes algériens ou étrangers, racisme, arrestations, centre de détention, mauvais traitements et autres, c’est le sort de ces émigrants qui ne demandent qu’à vivre décemment. Rares sont ceux qui réussissent à passer à travers les mailles du filet mais qui, à la fin au bout de quelque temps, sont reconduits aux frontières.
Cela n’a nullement dissuadé les candidats à l’émigration clandestine qui ne ratent aucune occasion pour partir ne reculant devant rien pourvu qu’ils tentent la traversée et essayer de rejoindre l’autre rive de la Méditerranée.
Dernièrement ce sont 7 embarcations partis d’Oran, Mostaganem et Dellys en direction de la péninsule ibérique qui ont disparu en mer. Ces embarcations de fortune avaient pris la mer dimanche, lundi et mercredi avec 150 personnes à bord dont 8 femmes et étaient à la dérive. Leurs positions avaient été signalées le 21 décembre et la Guardia Civil espagnole était intervenue pour secourir 16 harragas qui avaient été transférés au port de Carthagène pour y subir des soins médicaux. Les autres ont tous disparu en mer et à ce jour ils n’ont pas encore été retrouvés.
Ce sont là des drames pluriels qui frappent les Algériens qui perdent ainsi leurs enfants auxquels ils ne peuvent même pas une sépulture digne. Ainsi la Méditerranée de passerelle synonyme d’espoirs et de réussite future s’est transformée au fil du temps en un immense cimetière pour une jeunesse qui ne demande qu’à vivre et profiter de la vie comme tout le monde dans d’autres pays.
Le phénomène prend donc de l’ampleur et cela prend une dimension effarante ; un véritable problème pour le pays qui perd ainsi ses enfants. Une saignée qui continue et qui, apparemment, ne prendra pas fin de sitôt et ce, tant que la crise économique persiste entraînant la paupérisation de pans entiers de la société.








