Entre manque de civisme, insuffisance des contrôles et responsabilité des professionnels du tourisme, une question s’impose : qui protège réellement ces espaces naturels ?
Dans la wilaya d’El Tarf, dont les côtes figurent parmi les plus belles d’Algérie, bouteilles en plastique, sacs, emballages alimentaires, canettes et vaisselle jetable jonchent le sable. Plus inquiétant encore, cette pollution ne s’arrête pas au rivage : elle gagne également les massifs forestiers qu’il faut parfois traverser pour accéder aux plages les plus préservées.
Le contraste est saisissant. Sous les hautes silhouettes des pins maritimes, les sentiers serpentent entre une végétation dense où se mêlent le parfum de la résine, les chants d’oiseaux et le souffle de la mer toute proche. Ces pinèdes offrent des paysages d’une rare beauté, où la forêt semble se fondre naturellement dans le bleu de la Méditerranée. Mais cette harmonie est rompue par les traces laissées par l’homme. Des sacs en plastique accrochés aux branches, des bouteilles abandonnées dans les sous-bois, des emballages dispersés par le vent : le plastique est partout, jusque dans les espaces les plus fragiles.
Cette situation n’a pourtant rien d’exceptionnel. Elle se reproduit chaque saison estivale. Des familles arrivent dès le matin, chargées de glacières, de repas et de provisions pour passer la journée au bord de la mer. Lorsque vient l’heure du départ, beaucoup repartent sans emporter l’ensemble de leurs déchets, laissant derrière elles les vestiges de leur passage. Les services de nettoyage interviennent quotidiennement, mais leurs efforts peinent à suivre le rythme d’une fréquentation toujours plus importante et d’incivilités qui semblent se banaliser.
La responsabilité ne peut toutefois être imputée aux seuls estivants. Les professionnels qui organisent des excursions vers les plages, des sorties collectives ou des bivouacs attirent, eux aussi, un public de plus en plus nombreux durant l’été. Ces opérateurs ont-ils mis en place des règles strictes concernant la gestion des déchets ? Sensibilisent-ils leurs clients avant le départ ? Vérifient-ils que les lieux sont laissés dans l’état où ils les ont trouvés ? Autant de questions qui restent souvent sans réponse alors que leur activité repose précisément sur la valorisation de ces espaces naturels.
La protection du littoral ne peut pas davantage reposer exclusivement sur les communes, les agents chargés du nettoyage ou les associations environnementales qui multiplient les opérations de ramassage. Si ces initiatives sont indispensables, elles ne constituent qu’un traitement des conséquences. Le véritable défi réside dans la prévention, l’éducation et le respect des règles. Les campagnes de sensibilisation existent, mais elles montrent leurs limites lorsqu’elles ne s’accompagnent ni de contrôles effectifs ni de sanctions dissuasives à l’encontre des comportements les plus irresponsables.
Préserver les plages et les forêts, c’est protéger un patrimoine naturel exceptionnel, mais aussi une ressource essentielle pour le tourisme et les générations futures. Tant que chacun considérera que le nettoyage relève de la responsabilité d’un autre, les mêmes scènes se répéteront d’un été à l’autre.
Par : Aly D






