Certaines trajectoires créatives se construisent dans un aller-retour constant entre héritage et modernité, entre mémoire des lieux et projection contemporaine. Celle de Chafik Gasmi s’inscrit dans cette tension féconde, où le design et l’architecture deviennent des langages sensibles autant que des outils de transformation.
Originaire d’Alger, il s’oriente vers l’architecture et le design et intègre l’École d’Architecture de Paris-Belleville. Très tôt, il ne se limite pas à la conception architecturale stricto sensu : ses premiers projets mêlent déjà espace, mobilier et atmosphère, comme une manière d’envisager les lieux dans leur globalité.
Au début des années 1990, il fonde « Univers intérieurs ». Le nom dit déjà une intention : travailler sur des espaces qui ne sont pas seulement fonctionnels, mais aussi porteurs d’imaginaire. Cette démarche attire rapidement l’attention et lui vaut le Grand prix de la critique du Salon du Meuble de Paris, décerné par la presse spécialisée.
La suite s’écrit à l’échelle internationale. Gasmi collabore avec des maisons qui comptent dans l’univers du luxe et de la création — Baccarat, Lancôme, Sephora, Kenzo, Givenchy, Dior, Guerlain, Fendi Casa ou encore Le Royal Monceau. Ses interventions oscillent entre architecture intérieure, design d’objet et direction artistique, avec une même attention portée à la cohérence des univers qu’il façonne.
Son travail est régulièrement distingué. À New York, une chaise de jardin, « Square », lui vaut le Prix du Nombre d’or. Le concept « Sephora Blanc » est récompensé par le Prix de l’Observeur du design. L’Assemblée nationale salue également son parcours à travers le Prix du talent de la réussite des « Français venus de loin ». Son travail est exposé au Musée d’Art moderne d’Alger, et plusieurs pièces trouvent leur place dans des contextes institutionnels, comme le fauteuil « Ying » installé à Matignon.
Derrière ces réalisations, une constante revient : la recherche de lignes épurées, d’équilibres simples et d’une lumière qui structure les espaces sans les alourdir. Alger reste une référence discrète mais persistante dans son travail, comme une origine visuelle et sensible.
Dans sa manière d’aborder les projets, Chafik Gasmi fonctionne par échanges et allers-retours. Il accorde de l’importance aux discussions, aux regards extérieurs, à ce qui peut surgir d’une idée inattendue ou d’un décalage. Rien n’est figé au départ : les projets avancent en se construisant, parfois en se réorientant.
Cette liberté s’accompagne d’une rigueur très concrète. Les idées prennent forme dans le détail, dans la matière, dans l’exécution. C’est là que les intentions deviennent réelles, à travers un travail précis, patient, où chaque élément compte pour donner au final une cohérence d’ensemble et une présence durable.
Par : A.D









