Joe Williams, PDG de la Green Hydrogen Organization (GH2), estime que les bouleversements géopolitiques actuels marquent un tournant décisif pour l’avenir de l’énergie. Selon lui, les crises récurrentes sur les marchés pétroliers et gaziers ont accéléré l’adoption de l’hydrogène vert, désormais perçu non plus comme une simple option environnementale, mais comme une véritable alternative stratégique.
Dans un entretien accordé au site d’information spécialisé « Altaqa », il souligne que les tensions sur les marchés énergétiques mondiaux ont mis en lumière la fragilité du système traditionnel, fortement concentré dans quelques zones de production. Cette configuration rend de nombreux pays importateurs particulièrement vulnérables aux fluctuations. À l’inverse, l’hydrogène vert repose sur une logique de décentralisation et de diversification des sources de production.
Joe Williams rappelle que la dépendance mondiale aux combustibles fossiles concerne environ 70 % des pays, ce qui accentue leur exposition aux crises et aux variations de prix. Les récentes périodes de tensions géopolitiques ont d’ailleurs entraîné de fortes hausses des coûts de l’énergie, illustrant les limites du modèle actuel.
Le potentiel du MENA et l’avantage algérien
Le responsable de GH2 met en avant le potentiel considérable de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord dans le développement de l’hydrogène vert. Il cite notamment l’Algérie comme l’un des pays les mieux positionnés pour produire cette énergie à des coûts très compétitifs, aux côtés de l’Égypte, du Maroc et de la Mauritanie.
D’après lui, cet avantage s’explique par l’abondance des ressources naturelles en énergie solaire et éolienne, indispensables à la production d’hydrogène vert à faible coût. Cette richesse confère à l’Algérie une position stratégique sur le marché énergétique de demain.
Selon Williams, l’écart entre l’hydrogène vert et les énergies conventionnelles commence progressivement à se réduire, notamment en raison de la hausse des prix du gaz naturel. Il estime ainsi que certains produits dérivés, comme l’ammoniac vert, pourraient atteindre la parité de prix dans un délai de deux à trois ans.
Il souligne également que le coût de l’électricité renouvelable, qui représente entre 62 % et 70 % du coût de production, sera déterminant dans la capacité des pays à rester compétitifs. Cet élément renforce, selon lui, la position des pays disposant d’un fort potentiel solaire, dont l’Algérie.
Malgré les avancées technologiques dans le domaine des électrolyseurs, le principal frein au développement du secteur ne serait pas technique, mais lié au manque d’accords d’achat à long terme, indispensables pour sécuriser les investissements.
Joe Williams conclut en affirmant que ce carburant propre est appelé à devenir un pilier majeur du mix énergétique mondial avant la fin de la décennie. L’émergence d’une véritable concurrence sur les prix pourrait ainsi transformer en profondeur le marché mondial de l’énergie.
Par : S.A.B.









