L’extension continue des surfaces oléicoles à l’échelle nationale laisse entrevoir une hausse significative des volumes de résidus dans les années à venir.
L’export récent de plus de 5 000 tonnes de grignons d’olive depuis le port de Skikda vers l’Italie marque une évolution notable dans la gestion des résidus issus de la production d’huile d’olive en Algérie. Au-delà de l’opération commerciale, il s’agit d’un premier signal d’un changement progressif dans l’approche de ces sous-produits agricoles.
L’envers environnemental de la production d’huile d’olive
Pendant longtemps, les déchets issus de l’oléiculture, en particulier les grignons solides et les margines liquides, ont été assimilés à de simples résidus sans valeur économique ni environnementale. Une grande partie de ces sous-produits était directement évacuée dans la nature, souvent à proximité immédiate des huileries ou déversée dans des zones agricoles et des oueds.
Cette gestion non contrôlée a progressivement engendré des déséquilibres écologiques importants. Les margines, caractérisées par une forte acidité et une concentration élevée en composés organiques et phénoliques, sont particulièrement problématiques. Leur rejet dans les sols entraîne une altération de leur structure, une diminution de leur fertilité et une perturbation de l’activité biologique indispensable à leur régénération naturelle. Dans certaines zones, ces rejets peuvent également provoquer une asphyxie des sols, rendant certaines parcelles temporairement impropres à la culture.
Sur le plan hydrique, les impacts sont tout aussi préoccupants. Lorsqu’elles atteignent les cours d’eau ou s’infiltrent vers les nappes phréatiques, les margines contribuent à une dégradation de la qualité de l’eau. Leur charge polluante élevée limite l’oxygénation des milieux aquatiques, affecte la faune et la flore et peut compromettre l’usage de ces ressources pour l’irrigation ou la consommation. Les grignons solides, bien que moins agressifs chimiquement, posent également problème lorsqu’ils sont accumulés sans traitement, en raison des fermentations qu’ils peuvent générer et des lixiviats qu’ils produisent sous l’effet des pluies.
À ces effets directs s’ajoute une pression croissante liée à l’augmentation de la production oléicole. L’absence de solutions de gestion à grande échelle a longtemps transformé ces déchets en facteur diffus de pollution, difficile à contrôler et à quantifier précisément, mais bien réel dans plusieurs bassins de production.
La problématique est d’autant plus importante que la production oléicole nationale est en constante augmentation. Réparties sur de nombreuses wilayas, les huileries génèrent chaque saison des quantités importantes de résidus organiques. Leur composition particulière, riche en substances difficilement dégradables, complique leur élimination naturelle et accentue leur impact environnemental.
Des déchets en ressources
Face à cette situation, des initiatives commencent à émerger. Dans la wilaya de Béjaïa, un projet porté par une entreprise spécialisée dans la transformation des résidus d’olive est en cours de concrétisation. Un site a été attribué pour accueillir une unité de traitement visant à transformer ces déchets en produits à valeur ajoutée, tels que des combustibles, des engrais organiques ou encore des extraits industriels. Ce type d’investissement ouvre la voie à la création d’une activité économique nouvelle autour de la valorisation des sous-produits agricoles. Le choix de Béjaïa s’explique par son rôle central dans la production nationale d’huile d’olive, ce qui en fait une zone particulièrement exposée à la problématique des déchets oléicoles, mais aussi un espace stratégique pour le développement de solutions industrielles.
Dans le même temps, l’extension continue des surfaces oléicoles à l’échelle nationale laisse entrevoir une hausse significative des volumes de résidus dans les années à venir. Cette dynamique agricole, positive sur le plan productif, rend toutefois indispensable la mise en place de mécanismes structurés de traitement et de valorisation.
Dans ce contexte, l’envoi de grignons vers l’Italie apparaît comme une première ouverture vers des débouchés internationaux. Il témoigne d’un intérêt croissant pour ces matières et d’une évolution des pratiques économiques autour de la filière. Progressivement, une logique de recyclage et de valorisation semble se mettre en place. L’enjeu désormais consiste à transformer ces initiatives isolées en un système organisé, capable de réduire l’impact environnemental des déchets de l’olive tout en créant de nouvelles opportunités économiques.
Par : Aly D










