La polémique autour du marché de l’or en Algérie enfle. Alors que l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (APOCE) s’est fait le relais sur les réseaux sociaux des interrogations concernant la «réticence» des bijoutiers à vendre dans un contexte marqué par la baisse des prix, une organisation de défense des intérêts de cette corporation professionnelle n’a pas tardé à réagir.
Dans un communiqué en date du 28 mars 2026, et relayé par Mustapha Zebdi, président de l’APOCE, la commission préparatoire constitutive du syndicat national des commerçants et artisans bijoutiers et joailliers a insisté sur le fait que «ce qui est en jeu, c’est la nature de l’or», qui «n’est pas un bien de consommation ni une marchandise», mais «un instrument de l’épargne et de la sécurité» qui «ne se traite pas sur la base des règles habituelles de l’offre et de la demande à court terme».
Il n’est nullement question, donc, pour ce syndicat, que l’or puisse être comparé aux biens de consommation dont la disponibilité devrait être assurée en permanence.
Les bijoutiers pointent du doigt surtout une pression considérée comme «injuste», voulant les contraindre à céder leurs stocks au prix international actuel en temps réel. Une demande qu’ils jugent irréalisable d’un point de vue économique. «Comment demander à un commerçant de vendre à perte ?», s’interrogent-ils, alors que la baisse actuelle des prix profite avant tout à des investisseurs opportunistes, qui rachèteront à bas coût pour revendre à des prix plus élevés plus tard.
Le communiqué dénonce également certaines positions d’associations de consommateurs qui ne tiendraient pas compte des réalités juridiques et économiques du secteur. Les joailliers rappellent notamment qu’il y a une réglementation relative aux pratiques commerciales et à la nature des métaux précieux, précisant que «les appels pour filmer à l’intérieur des magasins constituent une atteinte à la vie privée et une menace pour la sécurité».
Au-delà de la polémique, les professionnels alertent sur une problématique structurelle : le manque de matière première. Ils estiment qu’environ 90 % de l’or qui circule sur le marché national est d’origine informelle, en raison d’un approvisionnement insuffisant par les canaux officiels. Dans ces conditions, les approvisionnements proviennent essentiellement de l’or recyclé, racheté auprès des particuliers.
Plus grave encore, le syndicat prévient d’un possible «assèchement» du marché local. Selon lui, la baisse forcée des prix pourrait favoriser la contrebande en direction de l’étranger, facilité par les mesures qui permettent aux voyageurs de transporter des quantités limitées d’or (150 grammes par voyageur).
Enfin, les bijoutiers rejettent toute « stigmatisation» de la profession et appellent à un débat plus serein. Ils sollicitent les autorités à intervenir non pas pour imposer des ventes, mais pour sécuriser l’approvisionnement en or et sauvegarder ce qu’ils appellent un « stock stratégique national ».
Par : Elyas Abdelbaki











