Avec le roman « Hémera le jour d’après », Afif Mouats choisit d’explorer les marges silencieuses de l’existence, là où les trajectoires se construisent moins par choix que par nécessité.
Dès les premières pages, le ton est donné : celui d’une vie qui se dessine en creux, façonnée par les circonstances plus que par la volonté.
Yasmina, personnage central de l’œuvre et diplômée en mathématiques appliquées. Elle devient enseignante empruntant un chemin qui s’impose à elle, dans un contexte familial fragilisé par la disparition prématurée de sa mère. Attachée à ses responsabilités, elle reste auprès des siens.
Le récit s’attache ainsi à décrypter les mécanismes discrets qui orientent une vie : les attentes sociales, les compromis, les renoncements successifs. Dans une écriture maîtrisée et introspective, l’écrivain donne à percevoir, avec justesse, les tensions intérieures de son héroïne.
Le basculement intervient lorsque Yasmina accepte un mariage avec un cousin, quittant son environnement pour s’installer à Isly. Présenté comme une opportunité de renouveau, ce départ porte en lui une ambivalence constante : entre espoir d’émancipation et reproduction d’un schéma déjà tracé. L’auteur capte avec justesse cette zone d’incertitude, où chaque décision semble à la fois ouvrir et refermer des perspectives.
La force du roman réside dans sa capacité à rendre visible l’invisible : ces existences vécues en demi-teinte, où l’on avance sans jamais pleinement s’appartenir. L’écriture, fluide et sans artifices, accompagne cette immersion avec une grande sobriété, laissant place à une émotion contenue mais persistante.
À travers le parcours de Yasmina, l’écrivain propose une réflexion plus large sur la notion de destin contraint. Il interroge, en filigrane, cette part d’abandon qui s’installe lorsque l’avenir échappe à toute projection. Une œuvre à la fois discrète et ancrée dans une réalité sociale tangible éclairant avec finesse les chemins de vie que l’on n’avait pas imaginés.
Cette sensibilité à l’intime et au non-dit trouve un écho particulier dans le parcours de son auteur. Né en 1992 à Skikda, ville côtière de l’est du pays, Afif Mouats est enseignant-chercheur à l’université. Il est également musicien, versé dans la musique arabo-andalouse, une passion transmise par ses parents et qui semble nourrir, en filigrane, la finesse et la musicalité de son écriture.
Par : Sana A.K












