Dans une ville où l’on ne cesse de déplorer le manque de civisme des citoyens, de rappeler l’importance de la propreté, de l’hygiène et du respect de l’espace public, certains services administratifs semblent avoir choisi une pédagogie inversée : montrer exactement ce qu’il ne faut pas faire.
Un simple tour du bâtiment des services de l’APC du Champ de Mars suffit pour s’en convaincre. Le décor s’impose de lui-même, sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter la moindre exagération.
Les vitres, d’abord. Sales. Très sales. Les rebords de fenêtres semblent avoir adopté la poussière, les quignons de pain et autres gobelets comme élément décoratif permanent. On pourrait presque croire à une installation artistique sur le thème de la patience du temps et de l’abandon des chiffons.
Du côté du service des cartes grises, l’accueil se distingue par une initiative olfactive peu commune : une poubelle nauséabonde trône sur le trottoir, bloquant le passage. Les passants sont donc invités à descendre sur la chaussée pour continuer leur chemin. Une manière originale de rappeler les risques de la circulation… tout en évitant soigneusement de déplacer le conteneur.
Un peu plus loin, l’entrée principale raconte à elle seule une histoire. Fermée aujourd’hui, elle a sans doute connu des jours meilleurs, peut-être même une inauguration en grande pompe. Mais cela remonte visiblement à une époque où les baies vitrées voyaient encore passer de l’eau et du savon. À présent, elles semblent attendre, patiemment, leur prochain nettoyage, probablement prévu dans un futur administratif encore indéterminé.
À l’intérieur, le service de l’état civil poursuit la démonstration. Le manque d’entretien y est visible à chaque pas. Les sols ne semblent pas connaître la serpillière, les vitres restent fidèles à leur opacité poussiéreuse, et plusieurs sièges éventrés offrent un confort dont on devine qu’il a vécu ses meilleurs moments.
Les vitres de séparation, quant à elles, sont à la hauteur du tableau, toutes aussi sales.
Et puisque l’innovation n’est jamais loin, les écrans destinés à l’appel des numéros étant en panne, ils ont été remplacés par des « crieurs de numéros » improvisés. Une solution finalement assez efficace : elle rappelle les marchés d’autrefois et a au moins le mérite de créer de l’emploi. On pourrait presque parler d’animation sonore. Reste à savoir si dans des opérations de nettoyage de grande envergure menées ce samedi, 14 mars, à travers plusieurs communes de la wilaya les services et proximités des APC étaient au programme.
Au-delà de l’ironie que suscite ce spectacle, une question demeure. Comment demander aux citoyens de respecter la propreté, l’hygiène et l’environnement urbain lorsque les services censés les promouvoir donnent l’exemple inverse ?
Car si l’administration ne balaie pas devant sa porte, il devient difficile d’expliquer aux habitants pourquoi ils devraient le faire devant la leur.
Par : Aly D












