La wilaya d’Oum El Bouaghi vit sous le choc après la mort de deux enfants, victimes de la rage. Ce drame a immédiatement provoqué le déplacement du ministre de la Santé, le Pr Mohamed Seddik Aït Messaoudène, venu rappeler que cette maladie évitable continue de tuer en Algérie.
Sur place, l’émotion est forte. « Les chiens errants rôdent partout, surtout près des dépôts d’ordures. Les enfants jouent dehors, on ne peut pas les protéger à chaque instant », confie un père de famille rencontré à l’hôpital. Derrière ces récits, une réalité inquiétante : la rage reste endémique dans le pays et frappe encore chaque année.
Les chiffres donnent la mesure du problème. Environ 900 cas de rage animale sont recensés annuellement, et près de 120 000 personnes subissent des morsures nécessitant un protocole de sérovaccination lourd et coûteux. En 2012, 23 décès humains avaient déjà été enregistrés, des morts que les spécialistes jugent évitables grâce à la vaccination et à une prise en charge rapide.
Des dispositifs insuffisants
Malgré la disponibilité de vaccins efficaces, les carences persistent. Une note conjointe des ministères de la Santé, de l’Intérieur et de l’Agriculture dresse un constat sévère : opérations de stérilisation et d’abattage trop rares, fourrières quasi inexistantes, chiens et chats circulant librement sans muselière, propriétaires négligents et faible taux de vaccination antirabique. À cela s’ajoute l’anarchie des dépôts de détritus en périphérie urbaine, véritables foyers pour les meutes errantes.
Au-delà de la dimension sanitaire, la rage pèse lourd sur l’économie nationale. Les campagnes de prévention, la sérovaccination des victimes et la mobilisation des structures de santé représentent chaque année des centaines de millions de dinars. L’élevage est également touché : bétail infecté, chiens domestiques abattus et pertes pour les familles rurales qui dépendent de leurs animaux.
Face à cette situation, les autorités exigent une mobilisation renforcée. Les walis sont appelés à prendre des arrêtés imposant le port de collier, de laisse et de muselière pour tout chien, à organiser des campagnes régulières d’abattage et à créer au moins une fourrière canine par wilaya. Les présidents d’APC devront améliorer la gestion des déchets, tenir un registre précis des vaccinations et organiser des campagnes gratuites, afin d’augmenter la couverture vaccinale des carnivores domestiques.
La prévention, clé de l’éradication
Dans les centres de soins, les praticiens rappellent que chaque retard peut être fatal. « Même après un simple léchage d’un animal suspect, il faut consulter immédiatement. Le respect des protocoles sauve des vies », insiste un médecin d’Oum El Bouaghi. Le vaccin et le sérum antirabiques sont disponibles dans les centres spécialisés, et la majorité des médecins généralistes ont été formés à la prise en charge.
Les bureaux d’hygiène communaux et les services d’épidémiologie ont, eux aussi, un rôle clé à jouer. Ils sont invités à organiser au moins deux campagnes annuelles de capture et d’abattage, en coordination avec les communes. Mais les experts s’accordent : aucune stratégie ne sera efficace sans la responsabilisation des citoyens. L’abandon des animaux, le non-respect de la vaccination et la négligence après morsure restent les maillons faibles de la lutte.
L’objectif officiel est ambitieux : atteindre zéro décès humain d’ici 2030. Un horizon qui nécessitera la conjugaison d’actions sanitaires, sociales et économiques. Car la rage, au-delà des statistiques, demeure un drame humain. Les deux décès d’Oum El Bouaghi résonnent comme un avertissement : seule une mobilisation continue de l’État et de la société permettra de briser la chaîne de transmission et d’éradiquer enfin cette maladie évitable.
Par : Aly D









