Dans un contexte de mutation économique accélérée, où l’Algérie cherche à relancer son appareil productif et à attirer de nouveaux investissements industriels, la gestion des déchets industriels spéciaux et dangereux s’impose comme un enjeu stratégique. Si ces résidus restent peu visibles pour le grand public, ils représentent une composante essentielle du développement durable.
Le pays en produit près de 325 000 tonnes par an, issus principalement des secteurs de l’industrie, de la chimie, de la santé et de l’énergie. Cette augmentation reflète la montée en puissance de filières productives, mais souligne aussi la nécessité d’un système de gestion performant.
Consciente de cet enjeu, l’Algérie a engagé des réformes notables. Le ministère de l’Environnement, en coordination avec l’Agence nationale des déchets (AND), développe des filières de collecte soumises à des autorisations strictes. Des campagnes de sensibilisation impliquent les opérateurs industriels sur leurs obligations en matière de traçabilité et de traitement.
Plus de 50 % de ces déchets sont potentiellement recyclables ou valorisables, ouvrant la voie à des solutions technologiques avancées. Le traitement de déchets complexes — solvants chlorés, hydrocarbures, biomédicaux — repose sur des procédés spécifiques et une coopération renforcée entre institutions, industriels et société civile.
Des progrès sont visibles, notamment dans le secteur de la santé, où des protocoles stricts pour la gestion des déchets infectieux se généralisent, appuyés par des formations ciblées et un accompagnement technique.
Les pouvoirs publics soutiennent cette dynamique à travers des programmes de contrôle, de financement et de renforcement des capacités, en lien étroit avec les collectivités locales. La valorisation devient ainsi un vecteur de souveraineté nationale : recyclage, production de combustibles alternatifs ou réutilisation d’huiles usagées offrent des perspectives d’emplois et de réduction des importations.
Une stratégie nationale de réduction des déchets industriels à l’horizon 2030 est actuellement en cours d’élaboration. Portée conjointement par les ministères de l’Environnement, de l’Industrie, de la Santé et des Collectivités locales, elle ambitionne une approche intégrée, axée sur la performance environnementale et économique.
Dans cette optique, l’environnement devient un levier de compétitivité et d’innovation. L’Algérie inscrit désormais sa croissance industrielle dans une logique de durabilité, fondée sur la consolidation du cadre réglementaire et le développement d’infrastructures modernes de traitement. L’économie circulaire, bien plus qu’un concept, prend forme comme pilier de résilience et de création de valeur.
Par : R.C









