Par : Abidet Rayene Aya *
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est la maladie la plus diagnostiquée par les gastro-entérologues. C’est une pathologie chronique, invalidante et qui pourtant reste largement mal comprise, d’ailleurs, elle a changé de noms plusieurs fois au fil du temps : côlon irritable, colon nerveux, troubles fonctionnels de l’intestin et enfin syndrome de l’intestin irritable. Alors, qu’est un syndrome de l’intestin irritable, quel est son mécanisme et en existe-t-il un traitement efficace ?
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est une pathologie digestive chronique qui touche environ 10% de la population mondiale avec une prédominance féminine. Il est l’association de douleurs abdominales type crampes ou spasmes, et de troubles de transit: diarrhée, constipation ou alternance des deux. Ces deux symptômes majeurs évoluent par crises de quelques heures à quelques jours, et peuvent être accompagnés par d’autres signes, notamment un ballonnement post prandial, une fatigue chronique et des céphalées (maux de tête).
En fait, le tube digestif se contracte en permanence à un rythme optimal afin d’assurer la progression du bol alimentaire : c’est le péristaltisme intestinal. Dans ce syndrome, il arrive que les intestins et/ou le colon se contractent rapidement ce qui ne laisse pas assez de temps pour absorber l’eau contenue dans les aliments, et c’est ce qui donne la diarrhée, ou ils se contractent lentement et le résultat c’est la constipation.
Mais, qu’est ce qui cause le dérèglement ?
Le tube digestif est considéré comme un deuxième cerveau, il renferme dans sa paroi plus de 500 millions de neurones (cellules nerveuses) assurant un péristaltisme correct. Leur irritation contribue à l’installation de la maladie. Bien que la cause exacte reste méconnue, plusieurs hypothèses ont été proposées.
Chez certains patients, l’intestin irritable est déclenché suite à un épisode de gastro-entérite dont l’état inflammatoire persiste après la guérison. Chez d’autres, une dysbiose intestinale, cst à dire : un déséquilibre de la flore intestinale protectrice (les bonnes bactéries) peut en être la cause. D’autre part, on remarque que 60% des patients ont les intestins sensibles à certains aliments tels que la graisse, les choux, ou les féculents, provoquant les douleurs et le ballonnement.
Enfin, Le stress, l’anxiété ou un épisode dépressif peuvent déclencher la maladie et sont des éléments déterminants de la fréquence des crises douloureuses.
Comment diagnostiquer un intestin irritable ?
Le diagnostic est purement clinique, il se base sur des critères édictés par un consensus d’experts : les douleurs abdominales et troubles de transit doivent être présents depuis au moins 6 mois, à une fréquence de 3 jours par mois. Il faut que ces symptômes soient améliorés par l’émission de selles et de gaz, ou associés à une modification de la consistance des selles.
En revanche, le médecin peut demander quelques examens complémentaires tels que des bilans sanguins ou une coloscopie afin d’éliminer les maladies organiques graves.
Quelles armes contre l’irritabilité intestinale ?
Le syndrome de l’intestin irritable n’a pas encore un traitement curatif spécifique, sa prise en charge repose essentiellement sur trois axes majeurs: les règles diététiques, le psychosocial et le traitement pharmacologique symptomatique.
Chaque patient doit identifier les aliments auxquels il est sensible et les éviter, on cite entre autres les FODMAP, un groupe de sucres simples peu absorbés et à tendance à être fermentés par les bactéries du colon. On les trouve dans plusieurs légumes, fruits et produits à base de blé, et qui sont d’ailleurs, amplement présents dans les habitudes alimentaires en Algérie : dattes, couscous, pois-chiche, pain complet, etc. Une stratégie pour détecter une éventuelle intolérance aux aliments en question, est d’adopter un régime pauvre en FODMAP pendant 1-2 mois, puis les introduire catégorie par catégorie en les consommant en dehors des repas classiques.
De plus, l’évitement de toute situation de stress et d’anxiété est primordial. Une activité physique régulière, un bon sommeil réparateur, et la méditation sont de vrais antidotes contre le stress. Dans les cas extrêmes, la prescription d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs est préconisée.
Enfin, le traitement pharmacologique reste limité, des antispasmodiques, des laxatifs ou des ralentisseurs de transit peuvent être prescrits pour soulager les symptômes majeurs.
A titre d’exemple, le charbon végétal est très efficace contre le ballonnement, en revanche il peut diminuer l’absorption d’autres médicaments, il est donc préférable d’éloigner la consommation du charbon au minimum de 2h de toute autre prise médicamenteuse.
En conclusion, le syndrome de l’intestin irritable est une pathologie authentique, qui reste mal comprise par les médecins et souvent sous-estimée par l’entourage des patients qui se trouvent, alors, seuls face à cette maladie. Une bonne hygiène alimentaire et psychique reste la meilleure stratégie contre les crises douloureuse et les troubles de transit, en attendant les traitements curatifs, qui selon le rythme des recherches médicales actuelles et l’ampleur du trouble, ne tarderont pas à apparaitre.
Membre du Club Averroès, Faculté de Médecine d’Annaba*









