La tribune de l’ex-ministre intervient est publiée quelques jours seulement après la sortie médiatique de Louisa Hanoune, qui, au sortir de son entrevue avec le président Tebboune, a affirmé avoir longuement abordé avec le chef de l’Etat la question des libertés en Algérie.
L’ex-ministre et diplomate, Abdelaziz Rahabi, a, dans une tribune publiée sur sa page, tiré la sonnette d’alerte au sujet de la « régression » des libertés en Algérie. Intervenant dans un contexte marqué par des enjeux géopolitiques énormes, la contribution de M. Rahabi prend la forme d’une sérieuse alerte adressée à l’ensemble des acteurs sociaux et politiques dans le pays. « Nous vivons ces dernières années la plus grosse régression en matière de libertés individuelle et collective depuis la première constitution pluraliste de Chadli Bendjedid », a-t-il écrit, précisant que cette « régression » est « marquée par une externalisation du débat politique interne que nous n’avions pas connue même pendant les années de terrorisme ».
Il fait là clairement allusion aux voix qui s’élèvent à partir de l’étranger, souvent à l’instigation d’officines et d’organisations dont le credo favori est supposément la « défense des libertés ». « Porter ce débat à l’étranger signifie une incapacité à l’organiser à l’intérieur et faire ainsi réguler la vie politique de la Nation par des réseaux sociaux offshore.
Cela signifie aussi prendre le risque de mettre l’Algérie sous la pression et le chantage diplomatique des puissances étrangères qui hébergent les activistes algériens à l’étranger », fait remarquer l’ancien diplomate dont les fréquentes interventions sont, généralement, appréciés dans les hautes sphères du pouvoir politique. Pour lui, la justice n’est pas exempte de tous reproches dans ce contexte de « régression ». « La justice aussi paie de sa crédibilité et de son indépendance l’instrumentalisation qui en est faite et qui donne l’image d’un pays sans contre-pouvoir institutionnel où l’arbitraire s’érige en mode de gouvernement », assène-t-il.
Dévitalisation
Il cite comme exemple, pour appuyer ses propos, le cas du journaliste et polémiste Saad Bouakba ( 80 ans), placé sous mandat de dépôt depuis jeudi dernier par le tribunal de Bir Mourad Raid, suite à une plainte déposée par la fille du défunt président Ahmed Ben Bella.
Plus explicite, M. Rahabi indique : « Saad Bouakba , Abdelouakil Blamm et bien d’autres personnes sont des victimes de cette dérive programmée de notre système politique qui ne veut pas se rendre à l’évidence qu’aucun projet politique ou programme économique ne peut aboutir sans l’adhésion libre, volontaire et consensuelle de notre population réduite à la mobilisation autour des questions d’approvisionnement et des questions d’actualité mondiale plus qu’autour de ses propres défis nationaux. »
Sa tribune est publiée, faut-t-il le préciser, quelques jours seulement après la sortie médiatique de Louisa Hanoune, secrétaire général du Parti des travailleurs (PT) qui, au sortir de son entrevue avec le président Tebboune, a affirmé avoir longuement abordé avec le chef de l’Etat la question des libertés en Algérie.
L’ancien ministre estime, en outre, qu’en Algérie, historiquement, les périodes de fermeture médiatique et politique « ont toujours été accompagnées d’une augmentation de la corruption, d’arrestations et de privation de liberté des personnes, de la radicalisation des forces politiques et de désintérêt croissant pour la chose publique par la majorité des citoyens ».
Plus clairement, M. Rahabi parle ouvertement de dévitalisation du pays en raison de la fermeture des espaces de débat. « Le pays se dévitalise alors, devient une addition de destins individuels et le silence et l’opportunisme s’élèvent au rang de vertu nationale. Le plus dramatique pour nous serait de ne pas apprendre des crises vécues par le passé et des expériences des autres », regrette-t-il en conclusion.
Par : Akram Ouadah









