Dans un récit autobiographique paru en février dernier, aux Éditions EHESS, l’historienne Malika Rahal mêle sa voix à celles des témoins et des disparus pendant la colonisation.
Avec Mille histoires diraient la mienne, elle livre une œuvre inédite, intime et engagée, qui interroge l’écriture de l’histoire du temps présent, à la croisée des émotions, de la mémoire et de la recherche scientifique.
Comment devient-on historienne de l’Algérie contemporaine ? Par quels chemins personnels, affectifs, intellectuels s’élabore une vocation aussi ancrée dans le réel que celle de Malika Rahal ? Dans Mille histoires diraient la mienne, l’autrice propose une réponse qui n’a rien d’un récit académique classique. Elle choisit au contraire la première personne et tisse un texte où se rencontrent souvenirs d’enfance, parcours universitaire, engagements politiques et quête de vérité.
Depuis sa jeunesse jusqu’à son poste de directrice de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) en 2022, en passant par ses années d’apprentissage aux côtés de figures tutélaires comme Pierre Vidal-Naquet et Benjamin Stora, Malika Rahal déroule le fil d’une vie marquée par le besoin de comprendre. Comprendre ce que fut la colonisation, ce que signifie l’indépendance, et surtout comment ces événements continuent de hanter le présent.
L’historienne revient sur ses enquêtes majeures : celle menée sur l’assassinat de l’avocat Ali Boumendjel, tué en 1957 pendant la guerre d’Algérie, ou encore son travail sur l’année 1962, cette charnière souvent mythifiée, à laquelle elle a consacré Algérie 1962. Une histoire populaire (La Découverte, 2022). Mais Mille histoires diraient la mienne va bien au-delà de ces objets d’étude. Ce livre est aussi une méditation sur ce que signifie faire de l’histoire lorsque l’on porte en soi une mémoire familiale et coloniale encore vive.
Son livre s’inscrit dans un contexte politique et mémoriel tendu. Alors que les débats sur la colonisation et la guerre d’Algérie restent minés en France, Malika Rahal pointe avec justesse le refus persistant d’affronter cette part sombre de l’histoire nationale. Elle convoque le passé pour mieux éclairer les impensés du présent, refusant les récits tronqués et les récupérations idéologiques.Un livre salutaire, à la fois personnel et universel, à lire comme une invitation à faire de l’histoire autrement.
Par : R.C










