Par : Hamid Baali
Ulcérés par le comportement intolérable de certains responsables qui utilisent sans vergogne les véhicules de service quotidiennement, notamment durant le week-end, les jours fériés, les vacances annuelles, des citoyens se sont rapprochés de notre journal pour dénoncer ces dépassements. Un retraité du secteur privé nous déclare : ” Nous assistons impuissants à des situations cocasses puisque sous d’autres cieux, la réglementation est appliquée dans toute sa rigueur quant à l’utilisation des véhicules de service. Chez nous, les responsables locaux, les élus des APC et de l’APW, les directeurs des organismes du secteur économique et public, des sociétés étatiques, des entreprises nationales et locales et autres s’illustrent par l’accaparement des véhicules de service qu’ils considèrent comme leur bien personnel ! C’est honteux d’admettre cette gabegie et ces dérapages car c’est l’argent des contribuables qu’ils dépensent sans honte bue ! ” .
Mohamed-Larbi, un septuagénaire, retraité du monde agricole, fulmine : ” Durant les premières années de l’indépendance, les pouvoirs publics veillaient au grain car tous les véhicules de service étaient garés après les heures de travail. Les services de sécurité étaient vigilants puisqu’ils opéraient des contrôles fréquents et inopinés, immobilisaient les véhicules, retiraient les documents aux responsables fautifs qui étaient signalés par écrit à leur hiérarchie. Des sanctions sévères étaient prises à l’encontre des contrevenants et cela servait d’exemple à ceux qui tentaient d’outrepasser ces instructions gouvernementales ! Ces mesures draconiennes étaient applaudies par l’opinion publique qui ne tolérait aucunement ces dérives et le gaspillage des deniers publics ! ” .
Son compagnon opine et regrette avec nostalgie cette époque durant laquelle nul n’était au-dessus des lois de la République ! Il évoque des exemples concrets en citant le cas des anciens maires qui ordonnaient, à chaque fin de journée, à leurs chauffeurs de garer les véhicules dans les garages respectifs. Les édiles circulaient alors à pied ou prenaient leurs véhicules personnels ! Il précise que tous les responsables appliquaient scrupuleusement les directives de leur tutelle et les rares contrevenants étaient sanctionnés et parfois rétrogradés de leurs postes. A cette époque, les véhicules de service étaient facilement reconnaissables car leurs plaques d’immatriculation étaient spécifiques et différaient des véhicules particuliers.
Dans ce contexte, Hadj Larbi nous affirme : ” Durant la décennie noire, les terroristes ciblaient ces véhicules et assassinaient les occupants, en l’occurrence des responsables tous secteurs confondus ! D’horribles crimes avaient été commis par la horde terroriste et un lourd tribut avait été versé par ceux qui avaient des postes de responsabilité. A des fins sécuritaires et pour épargner les vies des responsables, les pouvoirs publics décidèrent la suppression des plaques spécifiques d’immatriculation et optèrent pour la banalisation des véhicules ! ” .
Notre pays a retrouvé sa quiétude et en dépit de la disparition des hordes terroristes, les véhicules de service sont devenus anonymes à la grande satisfaction de leurs bénéficiaires. Ammi Ali, un retraité de l’éducation nationale, renchérit : ” Cette opportunité a permis à ceux qui disposent d’un véhicule de service d’abuser de son utilisation. En effet, ces voitures circulent tous les jours et même durant la nuit ! Leurs enfants, proches et épouses les pilotent pour faire leurs emplettes, se rendre à la plage, aux noces et même en vacances ! La tutelle leur attribue généreusement des carnets de carburant et ils s’en servent sans honte bue ! En ces temps de vaches maigres, la crise économique mondiale a frappé de plein fouet notre pays et il est impératif de mettre le holà à ces gaspillages qui grèvent notre budget national. Les pouvoirs publics gagneraient à assainir ce secteur, car les deniers publics doivent être préservés ! ” .










