Le vieillissement de la population algérienne met en lumière les failles d’un système de santé encore peu préparé aux enjeux du grand âge. Absence de spécialité reconnue, structures inadaptées, manque de formation et parcours de soins peu différenciés : les personnes âgées peinent à trouver une prise en charge réellement pensée pour leurs besoins spécifiques, médicaux, psychologiques et sociaux. Face à l’augmentation constante du nombre de seniors, la question de la gériatrie s’impose désormais comme une urgence sanitaire et sociétale.
Des structures et des soins encore inadaptés
Le vieillissement de la population en Algérie fait émerger de nouveaux défis sanitaires et sociaux, imposant une refonte des mécanismes de prise en charge d’une catégorie qui constitue un pilier essentiel de la société. La personne âgée ne peut être réduite à un simple dossier médical : elle présente des besoins spécifiques, à la fois sanitaires, psychologiques et sociaux, qui appellent une approche globale et coordonnée.
Dans ce contexte, la gériatrie apparaît comme une question de santé publique urgente. Or, en Algérie, cette spécialité ne bénéficie ni d’une reconnaissance institutionnelle claire ni de structures adaptées à une prise en charge spécifique des seniors. Cette lacune favorise le recours à des modèles thérapeutiques standards, peu adaptés aux particularités du vieillissement, avec des conséquences directes sur la qualité des soins et sur le quotidien des personnes âgées et de leurs familles.
Maladies chroniques et défis quotidiens
Malgré l’augmentation constante du nombre de seniors, le pays ne dispose pas d’un dispositif sanitaire intégré dédié aux pathologies liées à l’âge. Les personnes âgées sont généralement soumises aux mêmes protocoles d’examen et de traitement que des patients beaucoup plus jeunes, une pratique en décalage avec les standards modernes de la gériatrie. La spécificité biologique, la fragilité accrue, la polymédication et la coexistence de plusieurs maladies chroniques exigent pourtant des évaluations approfondies et des stratégies thérapeutiques individualisées.
La confusion persiste également entre gérontologie et gériatrie. La première englobe l’étude du vieillissement dans ses dimensions démographiques, biologiques, sociales et économiques, ainsi que les systèmes de soutien et le coût des soins. La seconde constitue une spécialité médicale centrée sur les maladies et troubles affectant les personnes âgées, généralement à partir de 65 ans, et repose sur une évaluation globale intégrant l’état fonctionnel, cognitif et social du patient.
En l’absence de services hospitaliers dédiés ou de consultations spécialisées, les seniors suivent le même parcours de soins que les adultes plus jeunes, sans considération suffisante pour leurs spécificités. À cela s’ajoute un déficit de formation structurée des professionnels de santé à la prise en charge globale des personnes âgées, notamment dans le cadre d’équipes pluridisciplinaires pourtant essentielles face à la complexité des situations, où pathologies chroniques, troubles psychologiques et difficultés sociales s’entremêlent.
Sur le terrain, si des efforts sont menés par les pouvoirs publics et par la société civile, ils demeurent en deçà des besoins, au regard de l’évolution démographique et de la diversité des attentes des seniors. La prise en charge reste largement centrée sur les soins primaires, sans véritable approche intégrée, notamment dans les régions intérieures et rurales où les infrastructures sanitaires et sociales sont insuffisantes.
Les maladies les plus répandues chez les personnes âgées en Algérie sont le diabète, l’hypertension artérielle, la goutte et les pathologies cardiovasculaires. Ces affections chroniques exigent un suivi médical régulier et des traitements à vie. Leur impact dépasse le cadre sanitaire : le coût des médicaments et des examens représente une charge lourde, en particulier pour les personnes disposant de revenus modestes ou d’une couverture sociale limitée, rendant parfois difficile la continuité des soins.
Les difficultés d’accès aux services de santé constituent un autre obstacle majeur : surcharge des établissements publics, manque de spécialisation, problèmes de mobilité pour les personnes souffrant de handicaps ou de maladies invalidantes, faibles revenus et coût élevé de certains actes médicaux. Le déficit de sensibilisation des familles à la gestion des maladies chroniques liées au vieillissement accentue par ailleurs les pressions psychologiques et financières.
La nécessité d’un réseau global
Face à ces enjeux, les associations jouent un rôle de soutien important, à travers l’accompagnement psychologique et social, l’organisation de visites régulières et d’activités destinées à rompre l’isolement et à préserver la dignité des personnes âgées. Elles contribuent également à sensibiliser les familles aux droits des seniors et à promouvoir les valeurs de solidarité, en coordination avec certaines structures sanitaires selon les moyens disponibles.
Dans un pays où le nombre de seniors ne cesse d’augmenter, le défi futur est clair : dépasser la simple prise en charge médicale pour construire un véritable réseau d’accompagnement global, capable de répondre aux besoins complexes et variés des personnes âgées et de leur offrir une vieillesse sécurisée et épanouie.
Par : Aly D






