Le retrait de Jumia d’Algérie est désormais officiel. Par une lettre datée du 10 février adressée à ses vendeurs partenaires, le groupe panafricain du commerce en ligne a annoncé l’arrêt total de ses activités dans le pays, effectif au plus tard le 10 mars 2026. Cette décision met un terme à une présence entamée en 2014 et présentée comme structurante pour les débuts du e-commerce algérien.
Signé par Lies-Paul Mollard, directeur général de Jade E-Services Algeria SARL, le courrier explique que cette fermeture découle d’« une évaluation approfondie de notre modèle opérationnel actuel » et du besoin de « concentrer ses ressources sur des marchés à trajectoires de croissance plus fortes ». Les relations contractuelles avec les vendeurs tiers prennent fin de facto, Jumia s’engageant simplement à solder les paiements dus avant son retrait complet.
Cette annonce coïncide avec la publication des résultats financiers du groupe pour 2025. Cotée à New York, l’entreprise rappelle que l’Algérie ne pesait qu’environ « 2 % du volume brut de marchandises (GMV) » en 2025, une contribution considérée comme insuffisante au regard de ses objectifs de rentabilité, qui visent un EBITDA ajusté à l’équilibre et un cash-flow positif d’ici fin 2026, puis une rentabilité annuelle dès 2027.
Recentrage stratégique et pressions financières
Jumia reconnaît que « l’arrêt de ses opérations en Algérie pourrait temporairement avoir un impact négatif sur ses indicateurs financiers », citant notamment des coûts liés aux licenciements, à la résiliation des baux et à la liquidation d’actifs. Mais le groupe estime que ce retrait renforcera à terme son efficacité opérationnelle et son allocation des ressources, en concentrant ses efforts sur les marchés les plus porteurs.
Ce désengagement s’inscrit dans une stratégie engagée depuis 2019, marquée par la fermeture de plusieurs filiales, l’abandon du service Jumia Food dans sept pays dont l’Algérie, et une réduction de près de 40 % des effectifs depuis 2022 sous l’impulsion du PDG Francis Dufay. Après la Tunisie et l’Afrique du Sud en 2024, l’Algérie représentait l’un des derniers marchés jugés fragiles.
Une ironie du calendrier veut que Jumia publie au même moment des indicateurs trimestriels en hausse — chiffre d’affaires en progression de 34 % au quatrième trimestre 2025 et GMV en hausse de 36 % — bien que le titre ait chuté de plus de 16 % à Wall Street. Sur l’année, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 188,9 millions de dollars (+13 %), tout en réduisant sa perte d’exploitation à 63,2 millions de dollars.
En Algérie, Jumia avait réussi à bâtir une plateforme fiable et largement accessible, soutenue par un réseau de points de retrait couvrant plus de 44 wilayas. Mais la faiblesse des paiements électroniques, la domination du paiement en espèces et la réticence persistante de nombreux commerçants à adopter les moyens de paiement numériques — souvent pour éviter de déclarer entièrement leurs revenus — ont limité l’essor du modèle.
Le retrait crée surtout un vide symbolique, même si quelques centaines de vendeurs actifs se retrouvent aujourd’hui dans l’obligation de réorganiser leurs canaux de vente en urgence. La lettre de résiliation les invite d’ailleurs à régler tout montant dû à Jumia « avant la cessation totale des activités ». Un départ net, qui referme une décennie marquante pour le e-commerce algérien.
Par : S.A.B.






