À l’issue de cette année scolaire, un phénomène pour le moins déroutant a ressurgi avec une acuité particulière dans plusieurs écoles primaires de la wilaya de Biskra, révélant une dérive lourde de conséquences dans les pratiques éducatives. Ce rituel, désormais presque institutionnalisé, impose aux élèves de cinquième année le port obligatoire de la toge universitaire lors des fêtes de fin d’année organisées au sein des établissements scolaires. Loin d’être une simple recommandation, cette exigence s’est transformée en condition d’accès, pas de toge, pas de participation à la cérémonie de passage vers le cycle moyen.
Ce qui, en apparence, pourrait paraître comme une initiative symbolique pour souligner le mérite et marquer le passage à une nouvelle étape éducative, révèle en réalité des pratiques contestables qui interpellent aussi bien sur le plan éthique que sur celui de la gestion scolaire. Cette toge, symbole universel de la réussite académique, est ici imposée à de jeunes enfants à travers une injonction autoritaire, assortie d’une clause financière aussi surprenante qu’injustifiée, sa location obligatoire pour une journée au prix de 500 DA. Une somme qui, certes, peut sembler dérisoire aux yeux de certains, mais qui devient un fardeau pour de nombreuses familles aux revenus modestes, surtout lorsqu’il s’agit de plusieurs enfants scolarisés dans la même fratrie.
Dans ce contexte, de nombreuses voix s’élèvent, dénonçant une marchandisation subtile de la réussite scolaire et une forme d’exclusion sociale déguisée. Car à travers cette obligation, c’est une ligne de fracture sociale qui se dessine dans la cour de l’école, d’un côté les enfants vêtus de toges, célébrés, applaudis, photographiés ; de l’autre, ceux privés de cette apparence académique, relégués à l’arrière-plan, parfois interdits purement et simplement d’accès à la fête. Une mise en scène qui, au lieu d’encourager les élèves à persévérer, les confronte dès leur plus jeune âge à l’injustice de la distinction superficielle.
Derrière ce folklore imposé, la question du sens véritable de l’acte pédagogique se pose avec acuité. L’école est-elle encore ce lieu d’égalité, de bienveillance et d’éveil aux valeurs citoyennes, ou devient-elle l’arène d’un théâtre social où l’apparence supplante l’essentiel? L’on pourrait penser qu’un événement scolaire devrait célébrer l’effort, l’assiduité et la solidarité, et non l’accès ou non à un accessoire coûteux loué pour une heure de cérémonie.
Face à cette réalité, l’inaction des services concernés, tout comme l’absence de directives claires à ce sujet, laissent le champ libre à des pratiques arbitraires qui bafouent à la fois l’esprit de l’école publique et les principes fondamentaux de l’équité. Il apparaît, dès lors, urgent que les autorités éducatives locales et nationales prennent conscience de cette dérive et y mettent un terme par des directives fermes, claires et justes.
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la symbolique de la toge ou la joie d’une cérémonie scolaire bien organisée, mais plutôt de rappeler que l’essence même de la mission éducative repose sur l’inclusion, la justice et la reconnaissance du mérite sans conditions discriminantes. Faire de la réussite une fête pour tous, et non un privilège pour certains, telle devrait être la priorité. L’école algérienne ne gagnera ni en crédibilité, ni en efficacité si elle continue à confondre apprentissage, mérite, et progrès. Il est grand temps de remettre les valeurs au centre de la pédagogie, avant que le costume ne prenne définitivement le pas sur le contenu.
Par : N.BENSALAH










