L’ancien ministre appelle à une sortie de crise fondée sur le respect et la dignité des Algériens
Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et ex-ambassadeur d’Algérie à Madrid, livre son analyse des relations tendues entre Alger et Paris. Dans un entretien accordé au site TSA, il revient sur les conditions d’une éventuelle réconciliation, les blocages actuels et les déclarations polémiques de Nicolas Sarkozy.
« La dignité de notre communauté est une exigence centrale »
Interrogé sur une possible sortie de crise d’ici les présidentielles françaises de 2027, Rahabi estime que « l’instabilité institutionnelle en France rend difficile l’identification des interlocuteurs pour trouver ensemble une fenêtre d’opportunité. Il y a beaucoup de signaux contradictoires de Paris qui rendent difficile une lecture objective et lucide à Alger ». Pour lui, la crise est d’autant plus complexe qu’elle touche « aux questions de circulation et d’établissement des personnes », un sujet hautement sensible des deux côtés. « Il est difficile d’envisager des concessions de part et d’autre, car pour la classe politique française, la question de l’immigration est déterminante pour l’électorat et pour nous la sécurité et la dignité de notre communauté est une exigence centrale », insiste-t-il.
Rahabi regrette par ailleurs que l’Algérie soit trop souvent instrumentalisée dans les débats hexagonaux : « Il est regrettable de voir notre pays représenté comme une question d’agenda interne en France. À ce titre, les acteurs politiques mesurent à quel point le seul fait d’évoquer négativement l’Algérie est un gage de promotion politique et qui appelle une surenchère chaque fois plus grande. »
Une crise consulaire qui pèse sur la relation bilatérale
Pour Rahabi, toute reprise de confiance suppose de mettre fin aux tensions verbales et aux mesures unilatérales : « L’escalade dans le discours et dans les mesures prises contre les intérêts diplomatiques de l’Algérie doit cesser comme préalable à tout climat de confiance. » Il rappelle que « dans la tradition diplomatique algérienne, nous privilégions le règlement des questions qui sont à l’origine de la crise ». Or, souligne-t-il, le président Emmanuel Macron privilégie surtout « les contacts au plus haut niveau ».
Il cite plusieurs décisions françaises jugées hostiles : « le refus d’accès des représentants de notre ambassade et nos consulats en France aux avions et bateaux ou la suspension des autorisations d’exercice des représentants consulaires », des mesures qui « rappellent la Guerre froide ». Ces restrictions, poursuit-il, compliquent la vie des ressortissants algériens et risquent d’entraver les grands projets économiques franco-algériens. « Nous sommes réduits à une crise consulaire qui peut paraître subsidiaire par rapport aux questions stratégiques, mais pas chez nous où il y a une tradition établie sur la question de la dignité de nos ressortissants », affirme-t-il.
Sarkozy accusé de « chantage » et de lobbying pro-marocain
Réagissant aux propos de Nicolas Sarkozy, qui a évoqué un troc entre laissez-passer consulaires et visas, Rahabi dénonce fermement « un chantage qui n’honore pas leur auteur ». Il rappelle que l’ancien président est « à l’origine quand il était ministre de l’Intérieur de l’une des grosses mystifications dans les relations diplomatiques entre l’Algérie et la France : la supposée demande algérienne de repentance qui lui a servi comme marchepied pour l’Elysée ».
Selon lui, Sarkozy « sait ce que l’Algérie rapporte électoralement en France ». Plus encore, il « est le chef de file du lobby pro-marocain » et cherche à présenter l’Algérie « comme un pays hostile à l’Occident et responsable de l’échec de l’intégration régionale ». Rahabi explique que ce positionnement s’inscrit dans une stratégie plus large de certains dirigeants français, « qui rêvent non seulement d’être influents au Maroc, mais également en Algérie, en Tunisie et en Libye ».
Enfin, l’ancien ministre met en garde contre une diplomatie française réduite à des calculs électoraux : « Face à l’Allemagne et sa réelle influence en Europe centrale ou à l’Espagne en Amérique latine, la France avait besoin d’être perçue et traitée comme une puissance influente dans notre région. » Mais pour Rahabi, toute relation équilibrée avec l’Algérie doit d’abord passer par le respect de la dignité de ses ressortissants et par la fin des surenchères hostiles.
Par : S.A.B.









