
Dans les méandres escarpés des Aurès, au cœur d’un territoire indompté où la pierre semble encore murmurer les chants de l’honneur, naquit en 1935, dans le paisible village de Tefelfel, un homme dont le parcours incarne, à lui seul, la ferveur de tout un peuple en quête de liberté, le moudjahid Hendaoui Mohamed. Issu d’une famille modeste, ancrée dans les valeurs du travail, du sacrifice et de la foi, il grandit au sein d’un foyer de bergers et de cultivateurs, entouré de trois frères, tous également engagés dans le combat libérateur, dont deux payèrent de leur vie l’ultime prix de la dignité.
Très tôt, il plongea dans les eaux pures du savoir traditionnel en apprenant le Coran dans sa localité natale. En 1950, sa soif de connaissance l’amena à rejoindre les rangs de l’Association des Oulémas, où il s’imprégna des fondements du fiqh, de la grammaire et de la langue, forgeant, ainsi, les armes de l’esprit avant celles de la lutte. Mais très vite, la brutalité coloniale rattrapa ses ambitions pacifiques et, à l’aube de la glorieuse révolution de Novembre, il embrassa sans détour la cause nationale.
Responsable d’une cellule de liaison et des Moussabiline, il fut arrêté, puis jeté dans les geôles coloniales, entre Tefelfel et Tkout, où il endura plus de six mois d’incarcération. Loin de fléchir, il réussit en mai 1956 à s’évader en compagnie d’un autre détenu, avant de rejoindre le commandement de l’Armée de libération nationale à Ahmar Khaddou. C’est là que le valeureux martyr Ramdane Hassouni, impressionné par sa détermination, ordonne son intégration immédiate. Dès lors, un nouveau chapitre s’ouvrait, entre embuscades, manœuvres tactiques et bravoure en pleine montagne.
À l’été 1957, il est désigné pour une mission cruciale en Tunisie, sous la houlette du martyr Sadok Boukricha et aux côtés du colonel Nacer Mouh El-Hadj. Pendant 25 jours, il séjourna à Thala, localité frontalière, avant de revenir dans les Aurès, escorté de ses frères d’armes et chargé d’un arsenal hétéroclite, mitrailleuses, fusils, mortiers. Ce convoi d’espoir, transporté à dos de mulets, fut un tournant décisif dans le ravitaillement des maquis.
De retour au pays, il rejoint la première zone de combat, est affecté à Djemoura et Biskra, puis nommé caporal-chef en charge des communications. Au fil des ans, il sillonna les régions de Sidi Khaled, Ouled Djellal, Tolga et leurs alentours, avant d’être promu lieutenant premier classe à caractère politique dans la deuxième zone de la 6e wilaya, couvrant M’doukal, Biskra et les Ziban. Sa rigueur, son charisme et son attachement au peuple le propulse ensuite à Ghardaïa, où il termine la guerre en tant que lieutenant deuxième classe, responsable de la première zone, jusqu’à l’aube éclatante de l’indépendance.
À l’indépendance retrouvée, son combat changea de visage mais conserva la même ferveur. Le 10 octobre 1962, il s’investit dans le champ politique comme responsable de kasma du FLN, avant de devenir membre de la zone chargée de la communication et de l’information. Toujours animé par l’amour de la terre et de la justice sociale, il contribua ensuite à l’orientation et à l’animation agricole dans les circonscriptions de Barika et Biskra, au service du peuple, jusqu’en 1968. Un an plus tard, il fut élu membre de l’Assemblée populaire de wilaya pour la circonscription d’Arris, puis intégra la fédération FLN de Biskra et Arris en tant que responsable de l’organisation.
Homme de devoir jusqu’au bout, il participa activement à la fondation de l’Organisation nationale des moudjahidine pour la wilaya de Biskra, et fit partie de la commission de vérification des adhésions jusqu’en 1995. Son parcours, fait d’engagement, de silence noble et de fidélité absolue, résonne aujourd’hui comme un legs précieux, un modèle incandescent que le temps ne saurait altérer. Car certains destins, forgés dans les flammes de l’histoire, continuent de guider les peuples bien après le silence des fusils.
Par : N.BENSALAH










