Entre ouverture diplomatique et bataille mémorielle persistante
Alors qu’Emmanuel Macron appelle à une relance « apaisée et constructive » des relations avec Alger après la visite d’une délégation française, les tensions mémorielles restent vives.
Entre discours de rapprochement, accusations d’« opportunisme diplomatique » et fermeté algérienne sur la mémoire coloniale, le dialogue franco-algérien oscille toujours entre pragmatisme et affrontement historique. Au lendemain de la visite à Alger de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, le président français Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de relancer la relation bilatérale avec l’Algérie sur une base « apaisée, constructive et respectueuse ». Depuis le Kenya, il a salué, dimanche, les échanges engagés avec les autorités algériennes, évoquant une dynamique de reprise progressive du dialogue après plusieurs mois de tensions.
Le chef de l’État français a également insisté sur la nécessité de dépasser les blocages liés aux « postures politiques internes », dans une référence implicite aux courants hostiles à toute normalisation avec Alger. Rappelant que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu, samedi, au siège de la Présidence, Mme Alice Rufo, venue remettre un message du président français Emmanuel Macron au chef de l’État algérien.
Elle était accompagnée de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, rappelé par Paris il y’a plus d’une année suite à des tensions diplomatiques qui ont failli basculer dans une rupture pure et simple. Cette visite d’Alice Rufo est intervenue, faut-il le souligner, dans un contexte marqué par une persistance des tensions politiques et mémorielles entre Alger et Paris, alors même que l’Algérie commémorait, la veille, le 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata.
Notons que le président Tebboune a, dans un message à la nation, qualifié ces événements de crime de génocide contre l’humanité, dénonçant les discours français qui continuent de glorifier la colonisation. Pour les autorités algériennes, la question mémorielle demeure une ligne rouge et un pilier incontournable de toute relation équilibrée avec Paris.
« Jeu de balancier »
Dans cette logique, Alger annonce deux chantiers majeurs : des assises nationales sur la mémoire et un projet de loi consacré à l’histoire nationale, confirmant la volonté d’ériger la mémoire coloniale en enjeu structurant de souveraineté. Dans ce climat, le diplomate Abdelaziz Rahabi a vivement critiqué, hier, la stratégie de l’Élysée, dénonçant un « opportunisme diplomatique » autour des commémorations du 8 mai 1945. Selon lui, la présence de responsables français à ces cérémonies s’inscrit dans une logique politique mêlant mémoire et agenda diplomatique, au risque de transformer les relations bilatérales en instrument de politique intérieure française. Il accuse Emmanuel Macron de pratiquer un « jeu de balancier » entre ouverture vers Alger et concessions aux courants nostalgiques de l’Algérie coloniale, estimant que cette ambiguïté entretient les tensions récurrentes entre les deux pays.
Entre volonté affichée de rapprochement et crispation persistante sur le passé colonial, la relation algéro-française demeure marquée par une forte charge historique. Pour Alger, la mémoire n’est pas un simple dossier diplomatique, mais un enjeu d’identité et de souveraineté. Une position qui continue de conditionner, en profondeur, toute tentative de relance du dialogue avec Paris.
Par : Akram Ouadah









