Chaque année, la wilaya de Skikda attire entre 10 et 12 millions de visiteurs. Le secret de cet engouement? L’ancienne Rusicada, précieux comptoir d’approvisionnement en marbre sous l’Empire romain, offre une alchimie naturelle rare: des plages féeriques, de somptueuses forêts et des cascades généreuses.
Si les amateurs de farniente se pressent sur les plages animées de Jeanne d’Arc, Carrière ou Stora, ou préfèrent la quiétude des criques isolées comme Grablo, Oued Bibi, El Khraief ou Kheneg Mayoum, d’autres optent pour une immersion au cœur de la nature. Les cours d’eau et cascades de la région offrent une véritable parenthèse de bien-être, prisée aussi bien pour la détente spirituelle que pour la récupération physique. Prendre un bain d’eau glacée est devenu un rituel, recommandé par les spécialistes de la médecine du sport pour apaiser la fatigue et booster le moral.
Le réseau hydrographique de Skikda est d’une grande richesse. Parmi les sites les plus emblématiques, on retrouve l’Oued Tizeghban, niché dans une forêt aux essences multiples qui lui donnent des teintes uniques, ainsi que l’Oued Boudoudah dans la région de Zitouna, l’Oued El Remila à Oued Z’hor, ou encore l’Oued Tirgate du côté de Tamalous. Plus à l’Est, l’Oued Kebir se distingue par ses eaux poissonneuses près d’El Marsa, une zone réputée pour ses paysages paradisiaques.
Situés à proximité du littoral occidental, ces sites offrent une grande flexibilité aux vacanciers, qui peuvent combiner baignade marine, camping et excursions en pleine forêt, au milieu des châtaigniers, chênes-lièges, oliviers et cerisiers. Ces destinations connaissent un engouement croissant de la part des visiteurs des wilayas de l’Intérieur et des touristes étrangers, un phénomène largement amplifié par l’impact des réseaux sociaux.
Ces paysages verdoyants contribuent également à casser les idées reçues. L’Algérie, souvent associée au désert dans l’imaginaire international, dévoile ici un visage totalement méconnu et verdoyant.
Les observateurs locaux soulignent les qualités exceptionnelles de ces cours d’eau. Éloignées des grands centres urbains et de toute source de pollution, leurs eaux vives restent pures et limpides, celle d’Afensou étant même propre à la consommation. De plus, contrairement aux retenues d’eau artificielles ou aux barrages parfois dangereux pour les plus jeunes, la faible profondeur de ces bassins naturels garantit des baignades parfaitement sécurisées pour les enfants et les personnes âgées.
Pour rejoindre la commune de Kanoua depuis la presqu’île de Collo ou via Zitouna, les itinéraires traversent d’imposantes forêts de chênes-lièges, témoins de l’âge d’or de l’artisanat de la pipe dans la région.
Surnommée le village des châtaignes, des cerises et de la brume, Kanoua réserve une surprise de taille: en plein mois de juillet ou d’août, de somptueux bancs de brouillard peuvent envelopper le paysage, rappelant les journées d’hiver.
Outre ce phénomène météo étonnant, les visiteurs s’y rendent pour la cascade d’Aïn Sedma, accessible après une randonnée de 6 km à travers sous-bois et vergers, dont les écoulements le long des rochers forment une piscine naturelle idéale pour la baignade.
C’est toutefois la cascade d’Afensou, autrefois appelée Cascade du Moulin en raison d’une ancienne minoterie hydraulique, qui demeure la star incontestée des lieux.
Pour atteindre cette chute d’eau de plus de 10 m de haut, les visiteurs empruntent un sentier pédestre d’une quinzaine de minutes. La marche est bercée par le chant des oiseaux et le murmure du ruisseau, avant que ne retentisse le fracas de la cascade. Les plus téméraires s’essaient au plongeon dans les vasques naturelles ou prennent une douche glacée sous le jet principal, en prenant soin de protéger leur tête pour atténuer l’impact de l’eau.
Pour répondre à cette affluence, des structures d’accueil familiales ont vu le jour sur place. Un établissement aménagé près du site propose des repas simples et très abordables. Les visiteurs peuvent y déguster une assiette de frites aux œufs pour environ 250 DA, des sardines grillées à 300 DA, ou des brochettes de viande à 50 DA l’unité, sans oublier le café et les rafraîchissements proposés entre 50 et 70 DA.
Avec un flux pouvant atteindre 500 véhicules par jour durant le pic estival, le site attire une clientèle internationale variée venue de Tunisie, d’Égypte, du Golfe et de Libye.
Pour soutenir ce développement, les acteurs locaux plaident pour des aménagements prioritaires, tels que la création de parkings, l’installation de sanitaires, le bitumage des pistes d’accès et la réalisation d’une route reliant les axes principaux. Néanmoins, pour de nombreux habitués, le charme principal d’Afensou réside précisément dans son aspect sauvage et authentique, qu’il convient de préserver absolument.
Par : Amina A.










