À la veille d’un déplacement attendu d’une délégation d’entreprises françaises en Algérie, l’Espagne affiche une dynamique particulièrement offensive sur le plan économique. Madrid entend consolider et élargir sa présence sur un marché algérien en recomposition, porté par l’amélioration récente des relations bilatérales et par une volonté claire de repositionnement stratégique dans la région.
Dans un contexte où plusieurs pays européens cherchent à préserver ou reconquérir leurs parts de marché en Algérie, la stratégie espagnole se distingue par une accélération visible des initiatives diplomatiques et commerciales. De son côté, la France continue de subir les effets d’une crise politique et diplomatique persistante avec Alger, qui pèse directement sur la présence de ses entreprises.
Normalisation progressive des relations algéro-espagnoles
Après une période de fortes tensions déclenchées en 2022 par le changement de position de Madrid sur la question du Sahara occidental, les relations entre l’Algérie et l’Espagne ont amorcé un retour progressif à la normale.
Depuis, les échanges entre les deux pays ont repris de manière graduelle, marqués par la relance des contacts institutionnels et la réactivation de plusieurs mécanismes de coopération. La visite du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Álvarez, en Algérie a constitué un tournant important, facilitant le dégel des relations et la reprise du dialogue économique et politique.
Dans ce sillage, les opérateurs économiques espagnols réinvestissent progressivement le marché algérien, accompagnés par une volonté politique affirmée de stabiliser et consolider durablement les relations bilatérales.
Lors d’un forum économique organisé à Valence, la secrétaire d’État espagnole au Commerce, Amparo López, a exhorté les entreprises espagnoles à renforcer leur présence en Algérie, estimant qu’il s’agit d’une « opportunité très favorable » née de la normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays.
Elle a souligné que cette dynamique vise à la fois à diversifier les exportations espagnoles et à sécuriser les approvisionnements énergétiques, dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes géopolitiques et économiques.
Cette dynamique espagnole intervient à un moment particulièrement sensible, à quelques jours de la visite en Algérie d’une délégation du MEDEF, organisation représentant les chefs d’entreprises français. Cette initiative est perçue comme une tentative de reconquête d’un marché où la présence française a été fragilisée par la crise diplomatique entre Paris et Alger.
Dans ce contexte, Madrid semble chercher à tirer parti de la situation pour renforcer son positionnement, dans un environnement où les rapports économiques en Algérie connaissent une redistribution progressive. Plusieurs partenaires, jugés plus constants dans leur approche, comme l’Espagne, l’Italie, la Turquie ou la Chine, gagnent ainsi en influence au détriment d’acteurs historiquement dominants.
Une recomposition silencieuse mais profonde s’opère ainsi, redessinant progressivement la carte des alliances économiques autour du marché algérien, désormais devenu un espace hautement stratégique dans les équilibres méditerranéens.
Par : S.A.B.









