Il avait ce talent rare de faire rire sans jamais forcer le trait. Avec son personnage de l’Apprenti, aux côtés de l’inoubliable Inspecteur Tahar, Yahia Benmabrouk a marqué durablement le cinéma algérien et conquis plusieurs générations de spectateurs. Derrière cette figure comique devenue emblématique se dessine pourtant un parcours profondément lié à l’histoire du théâtre national et aux combats qui ont précédé l’indépendance.
C’est presque par accident que sa carrière prend forme. En 1940, alors qu’il n’a que 12 ans, le jeune Algérois est appelé à remplacer un comédien absent dans une troupe dirigée par Mustapha Kateb. Cette entrée inattendue dans le monde du spectacle ouvre la voie à une vocation durable. Le théâtre devient bientôt davantage qu’un espace de création : il constitue aussi un moyen de servir une cause. Après avoir été victime d’un attentat en 1956, Yahia Benmabrouk reprend son activité en rejoignant, en 1958, la troupe artistique du Front de libération nationale. L’indépendance lui ouvre de nouvelles perspectives. Au Théâtre national algérien, il participe à une période de construction et d’affirmation de la scène nationale, en prenant part à des productions variées, de « Hassan Terro » à « L’homme aux sandales de caoutchouc » de Kateb Yacine.
Un duo entré dans la légende
Sa popularité prend une autre dimension avec le cinéma. À partir de 1967, son association avec Hadj Abderrahmane donne naissance à l’un des tandems les plus reconnaissables de l’écran algérien. L’Apprenti impose une présence singulière, fondée sur le décalage, la spontanéité et une gestuelle expressive. Yahia Benmabrouk explore parallèlement d’autres registres. Sa participation à « Chronique des années de braise » de Mohamed Lakhdar Hamina, témoigne de son inscription dans une histoire cinématographique qui dépasse la comédie. La mort de Hadj Abderrahmane, en 1981, marque un tournant dans sa carrière. Plus discret par la suite, il revient notamment avec « Le Clandestin » de Benamar Bakhti, avant de participer à « Cheb » de Rachid Bouchareb et à d’autres productions télévisuelles et cinématographiques.
Disparu le 9 octobre 2004, à l’âge de 76 ans, Yahia Benmabrouk laisse un héritage qui ne se mesure pas seulement aux films qui ont fait rire le public. Il appartient à cette génération d’artistes qui ont accompagné, par leur engagement et leur créativité, les transformations de la société algérienne. L’Apprenti reste son empreinte la plus populaire, mais derrière ce personnage demeure le parcours d’un comédien qui a contribué à donner au théâtre et au cinéma algériens quelques-unes de leurs figures les plus familières.
Par : Aly D












