Avec « Mille histoires diraient la mienne », publié aux éditions de l’EHESS, Malika Rahal propose un ouvrage à la croisée du récit personnel et de la réflexion historique. Spécialiste de l’Algérie contemporaine et directrice de l’Institut d’histoire du temps présent, l’historienne interroge son propre parcours pour mieux éclairer la manière dont se construit le regard de celles et ceux qui écrivent l’histoire.
L’ouvrage s’ouvre sur une présentation qui donne le ton : « Je m’appelle Malika Rahal et je suis une historienne du temps présent, de ce temps dont les témoins et acteurs sont encore en vie. » Une manière d’affirmer d’emblée que son champ d’étude est celui d’une histoire encore vivante, où les archives côtoient les souvenirs et les témoignages.
Plutôt qu’un récit autobiographique, l’auteure revendique une démarche d’analyse. Elle écarte « une autobiographie faussement littéraire », des « confessions inutilement intimes » ou encore « une profession de foi abstraite ». Son projet consiste au contraire à soumettre son propre itinéraire au même regard critique que celui qu’elle porte sur ses objets de recherche. « L’exercice consiste à éclairer sa propre histoire comme on ferait l’histoire d’un autre », écrit-elle, afin « d’expliciter, en historien, le lien entre l’histoire qu’on a faite et l’histoire qui vous a fait ».
Des souvenirs d’enfance aux photographies de famille, en passant par les disques vinyles de ses parents ou les objets de sa cuisine, chaque élément du quotidien devient un matériau de réflexion. Ces fragments de mémoire nourrissent une interrogation plus large sur la transmission, le travail de l’historien, le rapport aux témoins et les engagements qui accompagnent cette profession.
Écrit dans un contexte marqué par les conflits actuels, l’essai s’interroge aussi sur la possibilité d’écrire « l’histoire du temps présent », « fût-ce au milieu de la guerre ». Une réflexion où se croisent histoire intime, mémoire collective et questionnement sur la colonisation, faisant notamment écho à la guerre en cours à Ghaza.
Par : Aly D






