Une nouvelle projection du très attendu film Ben M’hidi est susceptible d’être reprogrammée lors du Festival du Film Méditerranéen, qui a débuté mercredi et se poursuivra jusqu’au 30 avril 2024. Cette décision fait suite à la demande du commissaire du festival, Mohamed Allal, et qui a été approuvée par le réalisateur Bachir Derrais. Cette reprogrammation vise à répondre à la forte demande de spectateurs qui n’ont pas encore eu l’occasion de visionner cette œuvre cinématographique. Depuis sa réalisation, le film a suscité un vif intérêt et a généré de nombreuses discussions.
La première projection a été marquée par la présence du réalisateur du film, Bachir Derrais, ainsi que de l’acteur principal, originaire de la wilaya d’Annaba, Khaled Benaissa, qui incarne le rôle de Ben M’hidi, accompagnés d’autres acteurs. Le chef de l’Exécutif de la wilaya et d’autres responsables étaient également présents lors de cette première.
“Au-delà des controverses : Révéler l’histoire authentique de la révolution algérienne”
Ce film, qui a valu un budget de 60 milliards de centimes, aborde un contexte politique où le dialogue a été une priorité, malgré les conflits politiques avérés. La commission de visionnage du ministère des Moudjahidine, qui a contribué au financement du film à presque 30%, a émis, alors, plusieurs réserves sur certains passages. Concernant les conflits politiques dans le film, le réalisateur a déclaré, lors de la conférence de presse organisée hier au niveau de la salle de conférence de l’hôtel Seybouse International que «c’est notre histoire, on doit l’accepter et on doit l’aborder telle qu’elle est. Je n’ai rien inventé». En raison de l’intense polémique que le film a suscitée en raison des réserves imposées par le ministère des Moudjahidine sur des scènes jugées « offensantes à la mémoire des héros de la révolution de libération», Bashir Derrais a confirmé qu’il «transmettait la vérité telle qu’elle est, sans addition ni soustraction», à partir des témoignages de chercheurs de la révolution, ainsi que de certains d’entre eux qui y ont participé et sont encore en vie. L’une des scènes les plus controversées est celle de l’altercation qui a eu lieu au Caire entre le héros Ben M’hidi et Ahmed Ben Bella, le premier président de l’Algérie indépendante, qui résidait en Égypte pour rallier le soutien international à la révolution. «Et que faisons-nous à l’intérieur? Allons-nous demander des armes à notre ennemi ?», s’interroge Ben M’hidi. Il demande sur un ton coléreux que la Délégation envoie des armes aux maquis et parle du Congrès de la Soummam. Le réalisateur a déclaré que, contrairement à ce qui a été dit dans les réseaux sociaux, des passages dans le dialogue n’ont pas été supprimées, mais cette scène de querelle a été atténuée.
Par ailleurs, dans une déclaration à la télévision, la sœur de Ben M’hidi a confirmé qu’il y a eu vraiment des désaccords entre Larbi Ben M’hidi et Ahmed Ben Bella. Tout en ajoutant que c’est une révolution dans laquelle participent de nombreuses personnes et il ne peut y avoir de consensus permanent entre eux. Une autre scène ayant suscité des réserves se déroule à Constantine, où Mohamed Boudiaf exprime sa colère envers l’Association des Oulémas musulmans algériens. Selon le réalisateur, le film incarne la réalité telle qu’elle est, ajoutant que les passages supprimés ne sont pas excessifs.
La place prépondérante de la vie de Larbi Ben M’hidi
Une concentration sur le personnage de Ben M’hidi est perceptible tout au long du film. Quant à certains critiques qui prétendent que certains rôles ont été minimisés et n’ont pas été approfondis, comme ceux d’Ahmed Ben Bella, de Ferhat Abbas, de Mustapha Ben Boulaïd et de Rabah Bitat, il est important de rappeler que le film se concentre sur Larbi Ben M’hidi. Il est donc normal qu’il occupe une place prépondérante dans le récit, mettant en lumière certains aspects de sa vie personnelle ; sa passion, son amour et sa famille.
Le film retrace la vie du héros dès son enfance, dans sa ville de l’Est du pays, où il aimait l’équitation. Dès ses jeunes années, il se distingua des autres en rejetant le colonialisme. Il a attiré l’attention des militants politiques du Mouvement National, qui l’ont contacté pour s’engager dans la rébellion contre le colonisateur. Il a fait partie des six combattants convaincus que «la France ne comprend que le langage des armes». Ainsi, dans la nuit du 1er novembre 1954, ils ont décidé de déclencher la Révolution.
La représentation des scènes d’émotion
Des scènes émotionnelles marquent profondément le film. Une de ces scènes met en lumière la relation entre Larbi Ben M’hidi et sa famille, où il encourage son frère à poursuivre ses études plutôt que de rejoindre le maquis, soulignant que «Après l’indépendance, l’Algérie aura besoin de gens éduqués et non armés». Cependant, une scène particulièrement émouvante survient lorsque Larbi Ben M’hidi reçoit la nouvelle du décès de son frère.
Une autre scène émouvante-clé du film se déroule lorsque Ben M’hidi apprend la mort de Didouche Mourad, «Fethi Nouri», l’un des chefs historiques de la révolution aux côtés de Larbi Ben M’hidi, Krim Belkacem « Iddir Benaibouche », Mohamed Boudiaf « Samir El Hakim », Mustapha Ben Boulaïd « Mourad Oudjit »et Rabah Bitat.
Le film aborde, également, la célèbre déclaration de Didouche Mourad : «Nous devons écrire dans la Déclaration du 1er novembre, si nous venons à mourir, défendez nos mémoires».
Le rôle de la femme algérienne est également évoqué dans le film.Il a été traité à travers des scènes et des dialogues où les combattantes dissimulent des bombes dans leurs couffins.
Focus sur le dialogue et les interactions
Les scènes de torture dans le film n’ont pas été très approfondies, offrant une brève représentation de la torture subie par Larbi Ben M’hidi aux mains de l’impitoyable capitaine parachutiste Paul Aussaresses. Certains critiques estiment que cette représentation ne rend pas justice au supplice enduré par Ben M’hidi. Ainsi, le déclenchement de la guerre, le 1er novembre 1954, est évoqué à travers des extraits de couvertures des médias coloniaux, relatant les «attentats de la Toussaint». Le réalisateur a expliqué qu’il a choisi de concentrer le récit sur le dialogue, permettant ainsi une exploration plus profonde des motivations et des interactions des personnages. Cet aspect du dialogue est souvent négligé dans d’autres films de guerre.
Cette approche se reflète, également, dans une autre scène du film, mettant en lumière un dialogue entre le général Bigeard et Ben M’hidi. Notamment, Bigeard est celui qui a prononcé la célèbre phrase à propos de Ben M’hidi : «Si j’avais 10 hommes de sa trempe dans mes troupes, j’aurais conquis le monde», illustrant le respect et l’admiration pour l’intelligence de Ben M’hidi.
Appel à une meilleure rémunération des acteurs
Lors d’une conférence de presse, le réalisateur Bachir Derrais a exprimé son mécontentement concernant les salaires des acteurs algériens dans l’industrie cinématographique. Selon lui, ces acteurs ne reçoivent pas la rémunération qu’ils méritent, malgré les efforts considérables qu’ils fournissent. Il souligne que l’Algérie compte des talents remarquables, voire des stars, dont la contribution est incontestable. En comparaison avec d’autres pays où les acteurs bénéficient de rétributions substantielles, la situation en Algérie nécessite une révision urgente. Pour le réalisateur, cette mentalité doit être transformée afin de reconnaître et de valoriser justement le travail des acteurs algériens.
Ikram Saker












