Au-delà de la simple activité commerciale, ces vendeurs occasionnels apparaissent comme des témoins directs d’une fête qui se transforme.
À l’approche de l’Aïd El-Adha, la hausse record des prix du bétail et de la viande redessine, plus discrètement, tout un écosystème de petits commerces saisonniers qui vivent traditionnellement de cette période de forte consommation. La baisse attendue du nombre de sacrifices dans les foyers entraîne mécaniquement un recul des achats annexes : charbon, grilles de barbecue, sacs de congélation, autant d’accessoires liés à la fête.
Dans les marchés et aux abords des artères commerciales d’Annaba, cette évolution se lit déjà dans les détails. Les vendeurs occasionnels sont présents, mais moins nombreux avec des installations bien plus modestes que les années précédentes. Les machines des aiguiseurs de couteaux côtoient les étals des marchands de charbon ou de grilles métalliques, dont les stocks semblent réduits au strict minimum. Même les produits traditionnellement associés à la fête, comme les bottes de foin ou les sacs de congélation, sont proposés en quantités limitées.
Une demande qui se contracte
Pour beaucoup de ces commerçants saisonniers, l’incertitude domine. Leur activité dépend directement du niveau de consommation lié au sacrifice rituel, qui structure chaque année leur unique période de revenus significatifs. Mais cette saison, la demande se contracte. « On sent que les gens achètent moins, ils font attention à chaque dépense », explique un vendeur de charbon installé depuis plusieurs années sur le même emplacement à l’approche de l’Aïd. Selon lui, les clients se font plus rares et les achats, quand ils ont lieu, sont souvent réduits à l’essentiel.
Un aiguiseur de couteaux, installé près du marché couvert du centre-ville, partage le même constat. Habitué à voir son activité s’intensifier à l’approche du sacrifice, il observe cette année un rythme beaucoup plus lent. « Quand il y a beaucoup de moutons, il y a beaucoup de travail. Mais cette fois, c’est différent », résume-t-il, le nombre de moutons importé ne suffit pas à toute la ville et même si les prix sont beaucoup plus accessibles, il n’en demeure pas moins qu’ils sont encore trop chers pour beaucoup ».
Au-delà des chiffres, ces petits métiers apparaissent ainsi comme des indicateurs concrets de la transformation des habitudes liées à l’Aïd. La diminution du nombre de sacrifices ne se traduit pas seulement dans les foyers, mais aussi dans les rues, où l’intensité commerciale des préparatifs semble s’atténuer.
À travers ces vendeurs occasionnels, c’est une économie discrète mais essentielle qui se révèle fragilisée. Quand la fête ralentit, c’est tout un tissu de petits métiers qui en ressent immédiatement les effets. Et avec eux, c’est toute une atmosphère festive qui semble s’amenuiser, au rythme des prix qui grimpent et des achats qui se réduisent.
Par : Aly D










