Le rôle des Émirats arabes unis apparaît désormais au centre de l’infrastructure de cyber-espionnage du Maroc. Alors que Rabat a toujours nié son implication dans le scandale Pegasus depuis 2021, une nouvelle enquête internationale, coordonnée par le consortium Forbidden Stories, apporte des preuves matérielles et des témoignages inédits qui éclairent d’un jour nouveau la complicité structurelle et financière d’Abou Dhabi dans cette entreprise de surveillance de masse. Selon les révélations de trois anciens agents de la DGST, le Maroc n’a jamais acquis le logiciel espion directement auprès de la firme sioniste NSO Group.
Ce sont les Émirats arabes unis qui ont servi de façade stratégique et financière pour orchestrer la transaction, permettant d’éviter une relation commerciale directe entre Tel-Aviv et Rabat. L’opération a été canalisée via la société émiratie FSSYS Al Fahad, basée à Abou Dhabi, et sa filiale marocaine FSSYS Maroc. L’enquête révèle en effet un partage des tâches sans équivoque : les Émirats arabes unis ont intégralement pris en charge le coût financier de Pegasus, tandis que la DGST marocaine en avait l’usage exclusif pour ses opérations d’espionnage. C’est sous l’égide de cette structure émiratie que des ingénieurs sionistes de NSO ont mené, dès 2017, les premières démonstrations techniques dans une villa discrète de Rabat.
Un arsenal d’espionnage global
L’enquête démontre que la mise sous surveillance des cibles s’appuyait de manière systémique sur la coopération de Maroc Telecom, l’opérateur historique du royaume. Or, cette entreprise est contrôlée à 53 % par le groupe émirati Etisalat (aux côtés du gouvernement marocain qui détient 30 %).
Cette mainmise émirato-marocaine sur le principal réseau de télécommunications permettait aux agents de la DGST de s’appuyer sur les antennes relais pour intercepter les flux de communications mobiles et faciliter les vagues d’infiltrations numériques. Au-delà de Pegasus, l’enquête– étayée par des fuites de documents officiels, des photographies et des enregistrements – dévoile un dispositif de surveillance totale.
Lorsque le logiciel espion ne suffisait pas, les services marocains déployaient des méthodes d’intrusion physique : piratage des réseaux WiFi domestiques, déploiement de faux relais IMSI-catchers, et installation de caméras ou microphones microscopiques fournis par l’armée sioniste, dissimulés directement à l’intérieur des foyers. Ces nouvelles révélations confirment ainsi la dimension internationale du réseau de surveillance opéré depuis Rabat, où l’expertise technologique israélienne et l’exécution marocaine ont été rendues possibles par la puissance financière et logistique des Émirats arabes unis.
Par : Akram Ouadah











