À dix minutes de la ville de Mostaganem, niché dans un écrin de verdure, le domaine « Djanatu ‘Al-‘Arif » s’impose comme un lieu singulier. À la fois centre spirituel, espace écologique et laboratoire social, il conjugue tradition et modernité pour répondre aux défis actuels. Ici, écologie, spiritualité et justice sociale sont envisagées comme des facettes indissociables d’un même projet : construire un avenir où l’homme vit en harmonie avec son environnement et avec ses semblables.
Un héritage vivant de génération en génération
Situé à « Dabdaba », la « vallée des jardins », le domaine s’étend sur sept hectares. Lieu de mémoire, il a été tour à tour école coranique, refuge pendant la guerre de libération, puis centre de rencontres internationales. De génération en génération, il est resté un espace d’éducation, de spiritualité et de solidarité. Ces dernières années, il a accueilli des colloques consacrés à la place des femmes, à l’émirat de l’émir Abdelkader ou encore au rôle du vivre-ensemble dans les sciences, réunissant chercheurs venus de 27 universités à travers le monde.
Au cœur du domaine se dresse un jujubier centenaire, sous lequel le Cheikh ‘al-‘Alâwî enseignait. Symbole vivant, il relie les visiteurs à une tradition spirituelle enracinée en Algérie mais ouverte sur l’universel.
Un laboratoire écologique et pédagogique
L’un des joyaux du domaine est son jardin pédagogique de trois hectares. On y trouve une pépinière, des espèces végétales variées, un espace animalier, mais aussi des parcours pensés pour l’éducation environnementale. Des enfants, des étudiants et des familles viennent y découvrir la biodiversité locale et expérimenter une immersion ludique dans la nature. Le jardin expérimental, inspiré à la fois par la tradition musulmane et les sciences écologiques, prend la forme d’une constellation où chemins, kiosques et fontaines rythment la promenade.
Chaque espace possède une dimension symbolique : le bassin évoque l’épuration, le flambeau de l’espoir invite à l’espérance, le kiosque offre un lieu de contemplation et de création. La déambulation est pensée comme une initiation, reliant le tangible et l’intangible.
Un lieu de rencontre et de fraternité
Outre ses jardins, « Djanatu ‘Al-‘Arif » dispose d’infrastructures modernes : une salle de conférence de 100 places, une structure d’accueil de 78 lits, une cuisine et un restaurant de 200 couverts. Ces équipements en font un espace d’échanges où séminaires et formations trouvent naturellement leur place. En août dernier, une rencontre sur « l’éducation à la culture de paix » y a réuni des participants autour des Écoles de Paix et du Cercle d’éveil aux vertus, illustrant la vocation du domaine à croiser savoirs et pratiques sociales.
La Fondation Djanatu ‘Al-‘Arif : conjuguer tradition et modernité
Le domaine abrite la Fondation Méditerranéenne pour le Développement Durable – Djanatu ‘Al-‘Arif. Fondée par le cheikh Khaled Bentounes, 44e guide spirituel de la confrérie soufie Alâwiyya-Darqâwiyya-Shâdhiliyya, elle s’est donné pour mission de protéger l’environnement, de promouvoir l’éducation et de transmettre des valeurs universelles. Son engagement a été reconnu sur la scène internationale, notamment à travers l’adoption par l’ONU de la Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix, célébrée chaque 16 mai.
La fondation conserve également un patrimoine documentaire précieux, dont le fonds Adlania consacré à l’émir Abdelkader et un fonds musicologique rassemblant chants et poèmes mystiques. Ce trésor illustre la mémoire d’un peuple et nourrit le dialogue universel.
Des projets concrets pour l’environnement
L’engagement écologique de la fondation s’incarne dans des projets concrets. L’un des plus emblématiques est la réhabilitation de l’arganier, arbre en voie de disparition. Dans la région de Mostaganem, seuls quelques spécimens subsistaient. La fondation a lancé une pépinière pour multiplier les plants et a obtenu des résultats encourageants : un taux de réussite de 60 % à la germination. Aujourd’hui, plus de 2000 plants ont été mis en terre, et certains commencent déjà à donner des fruits. L’initiative, reconnue par l’UNESCO, fait de Mostaganem un site pilote de réhabilitation d’une espèce écologique et économique.
Autre exemple : la construction d’un éco-dôme baptisé « Maison de la Paix » ou « Dar El Salem ». Réalisé selon la technique du superadobe, à base de sacs remplis de terre crue, ce bâtiment de 22 m² a permis de former 30 jeunes aux métiers liés à la construction en terre. Au-delà de l’architecture, le projet incarne la volonté de transmettre des savoir-faire durables aux nouvelles générations.
Un espace où se conjuguent savoirs et spiritualité
La maison centrale, avec son patio, sa fontaine et ses colonnes, accueille les visiteurs dans une atmosphère chaleureuse. À l’extérieur, les jardins bordés de palmiers et de jasmins odorants enveloppent le promeneur dans une ambiance intemporelle. Ici, chaque détail participe à une pédagogie sensible qui relie l’homme à la nature et nourrit une quête intérieure.
« Djanatu ‘Al-‘Arif » se veut avant tout un lieu où l’on cultive à la fois le savoir et l’intériorité. Le projet repose sur une idée forte : épanouir la richesse des interfaces entre ce qui est viable, vivable et équitable, tout en y ajoutant la dimension spirituelle. C’est dans cette articulation subtile que réside son originalité.
Cheikh Khaled Bentounes, un artisan du vivre-ensemble
À l’origine de cette aventure, il y a la vision de Cheikh Khaled Bentounes. Natif de Mostaganem, il a grandi dans la zaouïa fondée par son père, marquée par le partage et la spiritualité. Devenu guide spirituel en 1975, il s’est engagé dans des actions multiples : participation aux rencontres d’Assise en 1986, fondation des Scouts musulmans de France en 1990, création de l’Association internationale soufie Alâwiyya en 2001, puis campagne pour la Journée internationale du vivre-ensemble adoptée en 2017 par l’ONU.
Reconnu comme pédagogue et conférencier, il parcourt le monde depuis plus de quarante ans pour promouvoir le dialogue interreligieux, l’égalité hommes-femmes, la protection de l’environnement et la culture de paix. Son engagement incarne l’esprit même de « Djanatu ‘Al-‘Arif » : relier la spiritualité à l’action et le local à l’universel.
Un lieu unique
Aujourd’hui, le domaine continue de s’enrichir par de nouveaux projets et de nouvelles rencontres. Les initiatives éducatives, écologiques et spirituelles qui y prennent racine en font un lieu unique en Algérie, mais aussi un modèle au-delà des frontières. « Djanatu ‘Al-‘Arif » est plus qu’un jardin ou une fondation : c’est un espace où s’expérimente une autre manière d’habiter le monde, plus fraternelle, plus consciente et plus respectueuse.
En parcourant ses allées, en écoutant le chant des oiseaux ou en observant la germination d’un arganier, le visiteur comprend que ce lieu est porteur d’un message simple mais puissant : la paix se cultive comme un jardin, patiemment, avec soin et générosité.
Par : Aly D











